ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAONICE
ANTIOCHUS
Demeurez, Laonice; Vous pouvez, comme lui, me rendre un bon office.
Dans l'état où je suis, triste, et plein de souci. Si j'espère beaucoup, je crains beaucoup aussi. Un seul mot aujourd'hui , maître de ma fortune , M'ôte ou donjie à jamais le sceptre et Rodogune, ,^ t?->^ Et de tous les mortels ce secret révélé Me rend le plus contint ou le plus désolé. Je vois dans le hasard tous les biens que j'espère, Et^nepuis êtreheureux sans^le malheur d'un frère, e^^'^^-^^'-^^^-^ Mais d'un frère si cher, qu'une sainte amitié ' Fait sur moi de ses maux rejaiUir la moitié. Donc pour moins hasarder j'aime mieuxmoinsprétendre; Et, pour rompre le coup que mon cœur n'ose attendre. Lui cédant de deux biens le plus brillant aux yeux. M'assurer de celui qui m'est plus précieux : Heureux si, sans attendre un fâcheux droit d'aînesse , Pour un trône incertain j'en obtiens la princesse. Et puis par ce partage épargner les soupirs Qui naîtraient de ma peine ou de ses déplaisirs !
Va le voir de ma part . Timagène, et lui dire
< Vah. Mais d'un frère si cher, que les nœuds d'amiti»; Font sur moi de ses maux rejaillit- la moitié.
ACTK I, SCKNK III. |5
Une pour cette beauté je lui cède l'empire; Mais porte-lui si haut la douceur de régner, Qu'à cet éclat du trône il se laisse gagner ; Uu'il s'en laisse éblouir jusqu'à ne pas connaître A quel prix je consens de l'accepter pour maître.
( Timagéne s'en va , et le prince continne ù parler à Laonicc }
Et vous, en ma faveur voyez ce cher obj^^t , Et tâchez d'abaisser ses yeux sur un sujet Qui peut-être aujourd'hui porterait la couronne * , S'il n'attachait les siens à sa seule personne , Et ne la préférait à cet illustre rang Pour qui lesplus grands cœurs prodiguent tout leur sang.
l Timagéne rentre sar le théâtre. ) TIMAGÉNE.
Seigneur, le prince vient; et votre amour lui-môme Lui peut sans interprète offrir le diadème.
ANTIOCHUS
Ah ! je tremble; et la peur d'un trop juste refus Rend ma langue muette et mon esprit confus.