‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 101 sur 355 · CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE

CAMILLE

Iras-tu, Curiace? et ce funeste honneur ^

Te plalt-il aux dépens de tout notre bonheur^

CURIACE

Hélas! je vois trop bien qu'il faut, quoi que je fasse 3 Mourir, ou de douleur, ou de la main d'Horace. Je vais comme au supplice à cet illustre emploi; Je maudis mille fois l'état qu'on fait de moi ; Je hais cette valeur qui fait qu'Albe m'estime; Ma flamme au désespoir passe jusques au crime. Elle se prend au ciel, et l'ose quereller '. Je vous plains, je me plains; mais il y faut aller

CAMILLE

Non, je te connais mieux, tu veux que je te prie. Et qu'ainsi mon pouvoir t'excuse à ta patrie. Tu n'es que trop fameux par tes autres exploits :

* Var. Consommez avec lui toute cette faiblesse.

^ Var. Iras-tu , ma chère âme? et ce funeste honneur.

* Var. Elle se prend aux dieux , qu'elle ose quereller.

Al})e a reçu par eux tout ce que tu lui dois. Autre n'a mieux que toi soutenu cette guerre; Autre de plus de morts n'a couvert notre terre * : Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien; Souffre qu'un autre aussi puisse ennoblir le sien.

CURIACE

Que je souffre à mes yeux qu'on ceigne une autre tète

Des lauriers immortels que la gloire m'apprête ,

Ou que tout mon pays reproche à ma vertu

Qu'il aurait triomphé si j'avais combattu,

Et que sous mon amour ma valeur endormie ^

Couronne tanf d'exploits d'une telle infamie!

Non, Albe, après Thonneur que j'ai reçu de toi,

Tu ne succomberas ni vaincras que par moi ;

Tu m'as commis ton sort, je t'en rendrai bon compte,

Et vivrai sans reproche, ou périrai sans honte \

CAMILLE

Quoi! tu ne veux pas voir qu'ainsi tu me trahis!

CURIACE

Avant que d'être à vous, je suis à mon pays.

CAMILLE

Mais te priver pour lui toi-même d'un beau-frère. Ta sœur de son mari î

CURL\CE.

Telle est notre misère.

Le choix d'Albe et de Rome ôte toute douceur Aux noms jadis si doux de beau-frère et de sœur.

CAMILLE

Tu pourras donc , cruel , me présenter sa tête, Et demander ma main pour prix do ta conquête !

' Var. Autre de plus de morts ii a couvert cette terre, • Var. Kt(iue pour mon amour ma valeur endormie. ■' V\R. Et vivrai sans reproche , nu linirai sans lionte.

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