‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 108 sur 355 · SABINE, JULIE · texte numérisé non relu

SABINE, JULIE

SABINE

En est-ce fait, Julie? et que m'apportez-vous?

Est-ce la mort d'un frère^ ou celle d'un époux?

Le funeste succès de leurs armes impies

De tous les combattants a-t-il fait des hosties ^ ?

Et, m'enviant l'horreur que j'aurais des vainqueurs.

Pour tous tant qu'ils étaient demande-t-il des pleurs^"*

JULIE

Quoi! ce qui s'est passé vous l'ignorez encore?

SABINE

Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore? Et ne savez-vous point que de cette maison Pour Camille et pour moi l'on fait une prison? Julie, on nous renferme, on a peur de nos larmes; Sans cela nous serions au milieu de leurs armes, Et, par les désespoirs d'une chaste amitié, Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.

JULIE

Il n'était pas besoin d'un si tendre spectacle; Leur vue à leur combat apporte assez d'obstacle. Sitôt qu'ils ont paru prêts à se mesurer, On a dans les deux camps entendu murmurer ^ : A voir de tels amis, des personnes si proches. Venir pour leur patrie aux mortelles approches. L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur, L'autre d'un si grand zèle admire la fureur : Tel porte jusqu'aux cieux leur vertu sans égale,

' Var. Ou si le triste sort de leurs armes impies

De tous les combattants a fait autant d'iiosties. ' V .\ju Pour tous tant qu'ils étaient , ma condanmcc aux pleurs. V ai;. Et l'un et l'autre camp b'est mis à murmurci .

Et tel l'ose nommer sacrilège et brutale. Ces divers sentiments n'ont pourtant qu'une voix; Tous accusent leurs chefs , tous détestent leur choix ; Et , ne pouvant souffrir un combat si barbare , On s'écrie, on s'avance, enfin on les sépare.

SABINE

Que je vous dois d'encens, grands dieux, qui m'exaucez !

JULIE

Vous n'êtes pas, SaRine, encore où vous pensez :

Vous pouvez espérer, vous avez moins à craindre;

Mais il vous reste encore assez de quoi vous plaindre.

En vain d'un sort si triste on les veut garantir;

Ces cruels généreux n'y peuvent consentir :

La gloire de ce choix leur est si précieuse.

Et charme tellement leur âme ambitieuse.

Qu'alors qu'on les déplore ils s'estiment heureux.

Et prennent pour affront la pitié qu'on a d'eux.

Le trouble des deux camps souille leur renommée ;

Ils combattront plutôt et l'une et l'autre armée.

Et mourront par les mains qui leur font d'autres lois ' ,

Que pas un d'eux renonce aux honneurs d'un tel choix.

SABINE

Quoi! dans leur dureté ces cœurs d'acier s'obstinent!

JULIE

Oui, mais d'autre côté les deux camps se mutinent, Et leurs cris des deux parts poussés en môme temps Demandent la bataille, ou d'autres combattants. La présence des chefs à peine est respectée. Leur pouvoir est douteux, leur voix mal écoutée,

' Vau. Et mourront par les mains (pii les ont séparés, Ouc (juillcr 11"» lionnturs qui leur sont déférés.

SVIUiNE.

Ouoi : dans Icui dnrcté ces cœurs do for sobslinml '

JIMK.

Ih le loiil ; nuis , .lailkins , 1<.'S doux camps so iiiiiImicmI

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