‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 120 sur 355 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

De trouver dans la fuite un chemin à la gloire.

VALÈRE

Quelle confusion , et quelle honte à vous

D'avoir produit un fils qui nous conserve tous ,

Qui fait triompher Rome , et lui gagne un empire?

A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père aspire ?

LE VIEIL HORACE

Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire enfin , Lorsque Albe sous ses lois range notre destin?

VALÈRE

Que parlez-vous ici d'Albe et de sa victoire? Tgnorez-vous encor la moitié de l'histoire?

LE VIEIL HORACE

Je sais que par sa fuite il a trahi l'État ^

VALÈRE

Oui, s'il eut en fuyant terminé le combat;

Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyait qu'en homme

Qui savait ménager l'avantage de Rome.

LE VIEIL HORACE

Quoi ! Rome donc triomphe!

VALÈRE

Apprenez, apprenez La valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez.

Resté seul contre trois, mais en cette aventure Tous trois étant blessés , et lui seul sans blessure , Trop faible pour eux tous, trop fort pour chacun d'eiLx, Il sait bien se tirer d'un pas si hasardeux. Il fuit pour mieux combattre , et cette prompte ruse Divise adroitement trois frères qu'elle abuse. Chacun le suit d'un pas ou plus ou moins pressé ,

^ V\R. Le combat par sa fuite est-il pa» terminé?

VALÈRE

Albc ainsi quelque temps se l'est imaginé ;

Mais elle a bicnt''»t vu que c'était fuir en hommr-

Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins blessé;

Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite ;

Mais leurs coups inégaux séparent leur poursuite.

Horace , les voyant l'un de l'autre écartés ,

Se retourne, et déjà les croit demi-domptés :

Il attend le premier, et c'était votre gendre.

L'autre, tout indigné qu'il ait osé l'attendre.

En vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur.

Le sang qu'il a perdu ralentit sa vigueur.

Albe à son tour commence à craindre un sort contraire

Elle crie au second qu'il secoure son frère :

11 se hâte et s'épuise en efforts superflus ,

11 trouve en les joignant que son frère n'est plus.

CAMILLE

Hélas î

VALÈRE

Tout hors d'haleine il prend pourtant sa place, Et redouble bientôt la victoire d'Horace. Son courage sans force est un débile appui ; Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui. L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie; Albe en jette d'angoisse, et les Romains de joie. Comme notre héros se voit près d'achever. C'est peu pour lui de vaincre, il veut encor braver : c( J'en viens d'immoler deux aux mânes de mes frères. « Rome aura le dernier de mes trois adversaires, « C'est à ses intérêts que je vais l'immoler, » Dit-il; et tout d'un temps on le voit y voler. La victoire entre deux n'était pas incertaine; L'ADmin percé de coups ne se traînait qu'à peine , Et, comme une victime aux marches de l'autel. Il semblait présenter sa gorge au coup mortel : Aussi le recoit-il , pou s'en faut , sans défense , VA S(»n liVnas de Rome établit la puissance.

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