ACTK IV, SCÈNE VIF
Ce reste malheureux du sang des Curiaces; Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur; Joins Sabine à Camille , et ta femme à ta sœur , Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères; Je soupire comme elle , et déplore mes frères : Plus coupable en ce point contre tes dures lois, Qu'elle n'en pleurait qu'un, et que j'en pleure trois, Qu'après son châtiment ma faute continue.
HORACK.
Sèche tes pleurs, Sabine , ou les cache à ma vue.
Rends-loi digne du nom de ma chaste moitié.
Et ne m'accable point d'une indigne pitié.
Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme
Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une ame,
C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens,
Non à moi de descendre à la honte des tiens.
Je t'aime, et je connais la douleur qui te presse;
Embrasse ma vertu pour vaincre ta faiblesse,
Participe à ma gloire au lieu de la souiller.
Tâche à t'en revêtir, non à m'en dépouiller.
Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie,
Que je te plaise mieux couvert d'une infamie ' ?
Sois plus femme que sœur, et, te réglant sur moi,
Fais-toi de mon exemple une immuable loi.
SABINE
Cherche pour t'imiter des âmes plus parfaites.
Je ne t'impute point les pertes que j'ai faites.
J'en ai les sentiments que je dois en avoir.
Et je m'en prends au sort plutôt qu'à ton devoir :
Mais enfin je renonce à la vertu romaine - ,
Si pour la posséder je dois être inhumaine,
' Vab. Que je te plaise mieux , tombé dans linfamie ? 2 Var. M.Tis aussi je renonce à la vertu romaine.
Et ne puis voir en moi la femme du vainqueur
Sans y voir des vaincus la déplorable sœur.
Prenons part en public aux victoires publiques,
Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques,
Et ne regardons point des biens communs à tous,
Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nous.
Pourquoi veux-tu, oruel, agir d'une autre sorte?
Laisse en entrant ici tes lauriers à la porte ,
Mêle tes pleurs aux miens. Quoi ! ces lâches discours
N'arment point ta vertu contre mes tristes jours?
Mon crime redoublé n'émeut point ta colère?
Que Camille est heureuse! elle a pu te déplaire;
Elle a reçu de toi ce qu'elle a prétendu,
Et recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu.
Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse.
Écoute la pitié , si ta colère cesse ;
Exerce l'une ou l'autre, après de tels malheurs ,
A punir ma faiblesse ou Unir mes douleurs;
Je demande la mort pour grâce ou pour supplice;
Qu'elle soit un effet d'amour ou de justice.
N'importe ; tous ses traits n'auront rien que de doux' ,
Si je les vois partir de la main d'un époux.
Quelle injustice aux dieux d'abandonner aux femmes Un empire si grand sur les plus belles âmes, Et de se plaire à voir de si faibles vainqueurs KÔL'-ner si puissamment sur les plus nobles cœurs! A (picl point ma vertu de vient-elle réduite! Kien ne la saurait plus garantir que la fuite. Adieu. Ne me suis j)oint, ou retiens tes soupirs.
SA ni NE, ne»\e.
0 colère, ô pitié, simrdfs à m«'s d<'sirs,
' VvH. Niiiiporif ; tfMi'i srs tr.iils me scinlihroiit fort doux.
ACTK IV, SCÈNE VII iî)7
Vous négligez mon crime, et ma douleur vous lasse, Et je n'obtiens de vous ni supplice, ni grâce! Allons-y par nos pleurs faire encore un effort. Et n'employons après que nous à notre mort.