‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 135 sur 355 · ACTE V, SCÈNE HT · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE HT

Horace , ne crois pas que le peuple stupide Soit le maître absolu d'un renom bien solide. Sa voix tumultueuse assez souvent fait bruit , Mais un moment l'élève , un moment le détruit ; Et ce qu'il contribue à notre renommée Toujours en moins de rien se dissipe en fumée. C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien faits A voir la vertu pleine en ses moindres effets ; C'est d'eux seuls qu'on reçoit la véritable gloire > Eux seuls des vrais héros assurent la mémoire. Vis toujours en Horace; et toujours auprès d'eux Ton nom demeurera grand , illustre , fameux , Bien que l'occasion, moins haute ou moins brillante, D'un vulgaire ignorant trompe l'injuste attente. Ne hais donc plus la vie , et du moins vis pour moi , Et pour servir encor ton pays et ton roi. Sire, j'en ai trop dit : mais l'affaire vous touche ; Et Rome tout entière a parlé par ma bouche.

VALÈRE

Sire, permettez-moi...

TULLE

Valère , c'est assez , Vos discours par les leurs ne sont pas effacés; J'en garde en mon esprit les forces plus pressantes , Et toutes vos raisons me sont encor présentes. Cette énorme action faite presque à nos yeux Outrage la nature, et blesse jusqu'aux dieux. Un premier mouvement qui produit un tel crime Ne saurait lui servir d'excuse légitime : Les moins sévères lois en ce point sont d'aceord ; Et si nous les suivons , il est digne de mort. Si d'ailleurs nous voulons regarder le coupable , Ce crime , quoique grand , énorme , inexcusable , Vient de la même épée et part du même bras

i>lo HORACE.

Qui me fait aujoiircriiiii maitre de deux Étais.

Deux sceptrâs en ma main , Albe à Rome asservie ^

Parlent bien hautement en faveur de sa vie :

Sans lui j'obéirais où je donne la loi ,

Et je serais sujet où je suis deux fois roi.

Assez de bons sujets dans toutes les provinces

Par des vœux impuissants s'acquittent vers leurs princes ;

Tous les peuvent aimer^ mais tous ne peuvent pas

Par d'illustres effets assurer leurs États ;

Et l'art et le pouvoir d'affermir des couronnes

Sont des dons que le ciel fait à peu de personnes.

De pareils serviteurs sont les forces des rois ,

Et de pareils aussi sont au-dessus des lois.

Qu'elles se taisent donc ; que Rome dissimule

Ce que dès sa naissance elle vit en Romule ;

Elle peut bien souffrir en son libérateur

Ce qu'elle a bien souffert en son premier auteur.

Vis donc, Horace, vis, guerrier trop magnanime :

Ta vertu met ta gloire au-dessus de ton crime ;

Sa chaleur généreuse a produit ton forfait;

D'une cause si belle il faut souffrir l'effet.

Vis pour servir l'État; vis, mais aime Valère :

Qu'il ne reste entre vous ni haine ni colère ;

Et soit qu'il ait suivi l'amour ou le devoir,

Sans aucun sentiment résous-toi de le voir.

Sabine , écoutez moins la douleur qui vous presse ;

Chassez de ce grand cœur ces marques de faiblesse :

C'est en séchant vos pleurs que vous vous montrerez

La véritable sœur de ceux que vous pleurez.

Mais nous devons aux dieux demain un sacriiice ; Et nous aurions le ciel k nos vœux mal propice , Si nos prêtres, avant que de sacrifier, Ne trouvaient les moyens de le purifier : Son père en prendra so'm ; il lui s(M"a, facile

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