‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 137 sur 355 · DE MONTAURON · texte numérisé non relu

DE MONTAURON

Monsieur ,

Je vous présente un tableau d'une des plus belles actions d'Auguste. Ce monarque était tout généreux, et sa générosité n'a jamais paru avec tant d'éclat que dans les effets de sa clémence et de sa libéralité. Ces deuxrares vertus lui étaient si naturelles, et si inséparables eji lui, qu'il semble qu'en cette histoire que j'ai mise sur notre théâtre ;, elles se soient tour à tour entre-produites dans son âme. 11 avait été si libéral envers Cinna, que sa conjuration ayant fait voir une ingratitude extraordinaire, il eut besoin d'un extraordinaire effort de clémence pour lui pardonner; et le pardon qu'il lui donna fut la source des nouveaux bienfaits dont il lui fut prodigue, pour vaincre tout à fait cet esprit qui n'avait pu être gagné par les premiers; de sorte qu'il est vrai de dire qu'il eût été moins clément envers lui s'il eût été moins libéral , et qu'il eût été moins libéral s'il eût été moins clément. Csla étant, à qui pourrais-je plus justement donner le portrait de l'une de ces héroïques vertus, qu'à celui qui possède l'autre en un si haut degré, puisque, dans cette action, ce grand prince les a si bien attachées et comme unie^ Tune à l'autre, qu'elles ont été tout ensem])le et la cause et l'effet l'une de l'autre? Vous avez des richesses, mais vous savez en

' Pierre du Puget, seigneur de Montauron, des Caries et Caussidièro , La Chevj'ette et La Marche, conseiller du roi et premier président au bureau des finances de Montauban. Il était si magnifique en toutes choses , qu'on l'appelait son Éminence gasconne. Il recevait les plus grands seigneurs de la cour. (A.-Mautin. ) — Les éditions de 1643 à lO-iB i ortent Monloron.

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jouir; et vous en jouissez d'une façon si noble, si relevée, et tellement illustre, que vous forcez la voix publique d'avouer que la fortune a consulté la raison quand elle a répandu ses faveurs sur vous, et qu'on a plus de sujet de vous en souhaiter le redoublement que de vous en envier l'abondance. J'ai vécu si éloigné de la flatterie, que je pense être en possession de me faire croire quand je dis du bien de quelqu'un; et lorsque je donne des louanges (ce qui m' arrive assez rarement), c'est avec tant de retenue, que je supprime toujours quantité de glorieuses vérités, pour ne me rendre pas suspect d^élaler de ces mensonges obligeants que beaucoup de nos modernes savent débiter de si bonne grâce. Aussi je ne dirai rien des avantages de votre naissance, ni de votre courage qui l'a si dignement soutenue dans la profession des artnes, à qui vous avez donné vos premières années ; ce sont des choses trop connues de tout le monde. Je ne dirai rien de ce prompt et puissant secours que reçoivent chaque jour de votre main tant de bonnes familles ruinées par les désordres de nos guerres; ce sont des choses que vous voulez tenir cachées. Je dirai seulement un mot de ce que vous avez particulièrement de commun avec Auguste : c'est que cette générosité qui compose la meilleure partie de votre âme et règne sur l'autre . et qu'à juste titre on peut nommer l'âme de votre âme, puisqu'elle en fait mouvoir toutes les puissances: c'est, dis-je, que cette générosité, à l'exemple de ce grand empereur, prend plaisir â s'étendre sur les gens de lettres , en un temps où beaucoup pensent avoir trop récompensé leurs travaux quand ils les ont honorés d'une louange stérile. Et certes, vous avez traité quelques-unes de nos muses avec tant de magnanimité, qu'en elles vous avez obligé Iftiilcs h's nutiTS. et fju'il u'eii est ]K»iiit (jui ne vous en

A MO^SIKLR J)K MONTAURON. 221

doive un remerclment. Trouvez donc bon, monsieur, que je m'acquitte de celui que je reconnais vous en devoir, parle présent que je vous fais de ce poëme, que j'ai choisi comme le plus durable des miens, pour apprendre plus longtemps à ceux qui le liront que le généreux M. de Montauron, par une libéralité inouïe en ce siècle, s'est rendu toutes les muses redevables, et que je prends tant de part aux bienfaits dont vous avez surpris quelques-unes d'elles, que je m'en dirai toute ma vie ,

Monsieur,

Votre très-humble , très-obéissant et très-obligé serviteur,

SE^'ECÂ.

LiB. I, de Ciementin, cap. ix.

Divus Augustus miiis fuit princeps, si quis illum a principatu siio cestimare incipiat : in communi quidem republica, duodevicesimum egressus annum, jam pugiones in sinu amicorum abiconderat, jam insidiis M. Antonii consulis latus petierat, jam fuerat collega proscriptionis : sed qiium annum quadragesimum transisset, et in Gallia moraretuF;, delatum est ad eum indicium L. Cinnam , stolidi ingenii virum, insidias ei struere. Dictum est et ubi, et quando, et quemadmodiim aggredi vellet. Unus ex consciis deferebat; constituit se ab eo vindicare. Consilium amicorum advocari jussit.

Nox illi inquiéta crat, quum cogitaret adolescentem nobilem, hoc detracto integrum, Cn. Pompeii nepotem, damnandum. Jam unum hominem occidere non poterat, quum M. Antonio proscriptionis edictum inter cœnam dictarat. Gemens subinde voces emittebat varias et inter se contrarias : (( Quid ergo ! ego percussorem meum securum ambulare pa- (( tiar,me sollicito? Ergo non dabitpœnas, qui tôt civiiibus « bellis frustra petitum caput, tôt navalibus , tôt pedestribus (( praeliis incolume , postquam terra marique pax parta est , c( non occidere constituât^ sed immolare?» (Xam sacrificantem placuerat adoriri.) Rursus silentio interposito, majore multo voce sibi quam Cinnae irascebatur : « Quid vivis, si perire te « tam multôrum interest? Quis finis erit suppliciorum? quis « sanguinis? Ego sum nobilibus adolescentulis expositum (( caput, in quod mucrones acuant. Non est tanti vita, si, ut « ego non peream , tam multa perdenda sunt. » Interpellavit tandem illum Livia uxor : « Etadmittis, inquit, muliebre cona silium? Fac quod medici soient : ubi usitata remédia non <( procedunt, tentant contraria. Severitate niiii! adliuc pro- (( fecisti : Salvidicnum Lopidussecutusest, Lepidum Murœna. « Muraenam CîPpio , Cœpionem Egnalius, ut alios taceam quos « tanlum ausos pudet : nunc tenta quomodo tibi cedat cle- « mentia. Ignosce L. Cinn.'e; deprfhensus est; jam nocere tibi « non pot<'st, prodesse famœ tua' pot.";!. »

SEiNECA. 223

Gavisus sibi qiiod advocatura invenerat, uxori quiderii gratias egit : renuntiari autem extemplo amicis quos in consilium rogaverat imperavit, et Cinnam unum ad se accersit, dimissisque omnibus c cubiculo, quum alteram poni Ginna3 cathedram jussisset : « Hoc, inquit, primum a te peto ne me « loquentem interpelles , ne medio sermone meo proclames ; « dabitur tibi loquendi liberum tempus. Ego te , Cinna , quum « in hostium castris invenissem, non tantum factum niihi « inimiciim , sed natum servavi ; patrimonium tibi omne con- « cessi ; hodie tam felix es ettam dives, ut victo victores in- « videant : sacerdotium tibi petenti, praeteritis compluribus « quorum parentes mecum milataverant, dedi. Quum sic de « temeruerim, occidere me constituisti ! »

Quum ad hanc vocem exclamasset Cinna, procul hanc ab se abesse dementiam : « Non prsestas, inquit, fidem, Cinna; « convenerat ne interloquereris. Occidere, inquam, me pa- - « ras. » Adjecit locum, socios, diem, ordinem insidiarum, cui commissum esset ferrum. Et quum defixum videret , nec ex conventione jam, sex ex conscientia tacentem : «Quo, « inquit, hoc animo facis? Ut ipse sisprinceps? Maie, meher- « cule, cum republica agitur, si tibi ad imperandum niiiil ^( praeter me obstat. Domum tuam tueri non potes; nuper « libertini hominis gratia in privato judicio superatus es. Adeo « nihil facilius putas quam contra Caesarem advocare. Cedo, « sispes tuas solus impedio. Paulusne te et Fabius Maximus « etCossi et Servilii ferent, tantumque agmen nobilium, non « inania nomina praeferentium , sed eorum qui imaginibus « suis decori sunt? » Ne totam ejus orationem repetendo magnam partem voluminis occupem, diutius enim quam duabus lioris locutum esse constat ^ quum hanc pœnam qua sola erat contentus futurus, extenderet. « Vitam tibi, inquit, « Cinna, iterum do, prius hosti , nunc insidiatori ac parricidœ. « Ex hodierno die inter nos amicitia incipiat. Contendamus « utrumego meliore fide vitam tibi dederim , an tu debeas. » Posthœc detuhtultro consulatum, questus quod non auderet petere, amicissimum, fidelissimumque habuit, hœres solus fuit illi, nullis amplius insidiis ab ullo petitus est.

PERSONNAGES

OCTAVE CÉSAR AUGUSTE, empereur de Rome.

LIVIE^ impératrice.

CINNA, fils d'une fille de Pompée, chef de la conjuration contre Auguste.

MAXIME, autre chef de la conjuration.

EMILIE, fille de C. Toranius, tuteur d'Auguste, et proscrit par lui durant le triumvirat.

FULVIE, confidente d'Emilie.

POLYCLÈTE, affranchi d'Auguste.

ÉV ANDRE , affranchi de Cinna.

EUPHORBE, affranchi de Maxime.

La scène est à Rome.

CINNA

ou

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