SCENE V
AUGUSTE, GINNA, MAXIME, troupe de courtisans.
Que chacun se retire, et qu'aucun n'entre ici. Vous, Ginna, demeurez^ et vous, Maxime, aussi.
( Tous se retirent, à la réserve de Cinna et de Maxime. )
Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde , Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde, Cette grandeur sans borne , et cet illustre rang Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang. Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune D'un courtisan flatteur la présence importune , N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit. Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit. L'ambition déplaît quand elle est assouvie , D'une contraire ardeur son ardeur est suivie ; Et comme notre esprit, jusqu'au dernier soupir. Toujours vers quelque objet pousse quelque désir, 11 se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre. Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre. J'ai souhaité l'empire, et j'y suis parvenu; Mais, en le souhaitant, je ne l'ai pas connu : Dans sa possession j'ai trouvé pour tous charmes D'effroyables soucis, d'éternelles alarmes. Mille ennemis secrets , la mort à tous propos , Point de plaisir sans trouble , et jamais de repos. Sylla m'a précédé dans ce pouvoir suprême :
240 CINNA
Le grand César luoji père en a joui de même ;
D'un œil si différent tous deux Font regardé ^ ,
Que l'un s'en est démis, et l'autre l'a gardé :
Mais l'un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille,
Comme un bon citoyen dans le sein de sa ville;
L'autre , tout débonnaire , au milieu du sénat
A vu trancher ses jours par un assassinat.
Ces exemples récents suffiraicjit pour m'instruire,
Si par l'exemple seul on se devait conduire :
L'un m'invite à le suivre , et l'autre me fait peur ;
Mais l'exemple souvent n'est qu'un miroir trompeur;
Et l'ordre du destin qui gène nos pensées
rs'est pas toujours écrit dans les choses passées :
Quelquefois l'un se bi'ise où l'autre s'est sauvé,
Et par où l'un périt, un autre est conservé.
Voilà, mes chers amis^, ce qui me met en peine. Vous , qui me tenez lieu d'Agrippé et de Mécène , Pour résoudre ce point avec eux débattu, Prenez sur mon esprit le pouvoir qu'ils ont eu : I\e considérez point cette grandeur suprême, Odieuse aux Romains, et pensante à moi-môme; Traitez-moi comme ami, non comme souverain; Rome, Auguste , l'État, tout est en votre main : Vous mettrez et l'Europe , et l'Asie , et l'Afrique , Sous les lois d'un monarque , ou d'une république; .Votre avis est ma règle , et par ce seul moyen Je veux être empereur, ou simple citoyen.
CINNA
Malgré notre surprise, et mon insuftisance, .le vous obéirai , seigneur, sans complaisance ,
Vah. Sylla srncsl (Icmis , mon père l'a Rardé ,
Différents en leur lin comme en leur procéihh ' f/nn , rnii'l et l»3rl)are, est mort aime . traminille.