SCÈNE III
AUGUSTE, LlVIi:.
AUGUSTE
Madame, on me trahit, et la main qui me lue. Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue. Cinna, Cinna le traître...
MVIK.
Euphorbe m'a ioui (ht , Seigneur, et j'ai pâli cent fois à ce récit. Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme?
AUr.USTK.
Hélas! (le (|U('l coiiM'il <'st capable mon Anu'?
' V,\i;. kt('ins-(;ii !<• tlaml«MU (laii«( le s;iiik d un iiif;i;it.
ACTK IV, SCENF 1 1 F. 273
LIVIE
Votre sévérité,, sans produire aucun fruit ^,
Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit ;
Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide :
Salvidien à bas a soulevé Lépide;
Murène a succédé , Cépion l'a suivi :
Le jour à tous les deux dans les tourments ravi
N'a point môle de crainte à la fureur d'Égnace^
Dont Cinna maintenant ose prendre la place;
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjects
Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets.
Après avoir en vain puni leur insolence,
Essayez sur Cinna ce que peut la clémence ;
Faites son châtiment de sa confusion,
Cherchez le plus utile en cette occasion :
Sa peine peut aigrir une ville animée j
Son pardon peut servir à votre renommée;
Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher
Peut-être à vos bontés se laisseront toucher.
AUGUSTE
Gagnons-les tout à fait en quittant cet empire Qui nous rend odieux, contre qui l'on conspire. J'ai trop par vos avis consulté là-dessus ; Ne m'en parlez jamais, je ne consulte plus.
Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise ; Si je t'ai mise aux fers, moi-même je les brise , Et te rends ton État, après l'avoir conquis. Plus paisible et plus grand que je ne te l'ai pris : , Si tu veux me haïr, hais-moi sans plus rien feindre ; Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre :
' Var. Seigneur, jusques ici votre sévérité
A fait beaucoup de bruit , et n'a rien profité.
2 V vR. N'a point mis de frayeur dedans l'esprit d Ki^nncf , Dont Cinna maintenant ose imiter laudacc.
274 CINNA
De tout ce qu'eut Sylla de puissance et d'honneur. Lassé comme il en fut, j'aspire à son bonheur.
LIVIE
Assez et trop longtemps son exemple vous flatte; Mais gardez que sur vous le contraire n'éclate : Ce bonheur sans pareil qui conserva ses jours Ne serait pas bonheur s'il arrivait toujours.
AUGUSTE
Eh bien! s'il est trop grand, si j'ai tort d'y prétendre ', J'abandonne mon sang à qui voudra l'épandre. Après un long orage il faut trouver un port; Et je n'en vois que deux, le repos ou la mort.
LlVIE.
Quoi ! vous voulez quitter le fruit de tant de peines !
AUGUSTE
Quoi! vous voulez garder l'objet de tant de haines !
LIVIE
Seigneur, vous emporter à cette extrémité. C'est plutôt désespoir que générosité.
AUGUSTE
Régner et caresser une niain si traîtresse. Au lieu de sa vertu, c'est montrer sa faiblesse.