ACTE IV, SCENE V
0 dieux! que de faiblesse en une âme si forte ! Ce cœur si généreux rend si peu de combat Et du premier revers la fortune l'abat ! Rappelez , rappelez cette vertu sublime , Ouvrez enfin les yeux, et connaissez Maxime; C'est un autre Cinna qu'en lui vous regardez ; Le ciel vous rend en lui l'amant que vous perdez ; Et puisque l'amitié n'en faisait plus qu'une àme, Aimez en cet ami l'objet de votre flamme ; Avec la même ardeur il saura vous chérir. Que...
EMILIE
Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir ! Tu prétends un peu trop; mais quoi que tu prétendes. Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes ; Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas , Ou de m'offrir un cœur que tu fais voir si bas; Fais que je porte envie à ta vertu parfaite ; Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette; Montre d'un vrai Romain la dernière vigueur. Et mérite mes pleurs au défaut de mon cœur. Quoi! si ton amitié pour Cinna s'intéresse \ Crois-tu qu'elle consiste à flatter sa maîtresse? Apprends, apprends de moi quel en est le devoir, Et donne-m'en l'exemple, ou viens le recevoir.
MAXIME
Voire juste douleur est trop impétueuse.
EMILIE
La tienne en ta faveur est trop ingénieuse. Tu me parles déjà d'un bienheureux retour. Et dans tes déplaisirs tu conçois de l'amour !
MAXIME
Cet amour en naissant est toutefois extrême;
' Vai-,. Quoi! «i ton amitié pour Cinna t'intcresse.
C'est votre amant en vous, c'est mon ami que j'aime; Et des mêmes ardeurs dont il fut embrasé. . .
EMILIE
Maxime , en voilà trop pour un homme avisé. Ma perte m'a surprise, et ne m'a point troublée ; Mon noble désespoir ne m'a point aveuglée. Ma vertu tout entière agit sans s'émouvoir, Et je vois malgré moi plus que je ne veux voir.
MAXIME
Quoi! vous suis-je suspect de quelque perfidie?
EMILIE
Oui, tu l'es, puisque enfin tu veux que je le die ; L'ordre de notre fuite est trop bien concerté Pour ne te soupçonner d'aucune lâcheté : Les dieux seraient pour nous prodigues en miracles. S'ils en avaient sans toi levé tous les obstacles. Fuis sans moi , tes amours sont ici superflus.
.Vhl vous m'en dites trop.
EMILIE
l'en présume encor plus.
Ne crains pas toutefois que j'éclate en injures; Mais n'espère non plus m'éblouirde parjures. Si c'est te faire tort que de m'en défier \ Viens mourir avec moi pour te justifier.
MAXIME
Vivez , belle Emilie, et souffrez qu'un esclave...
EMILIE
Jle ne t'écoute plus qu'en présence d'Octave. Allons. Fulvic, niions.
' \ KU. Si c'c5l If laiif tort que ilc iik" «It-licr.