ACTE II, SCÉ.\E
SÉVÈRE
Tout est considéré.
Quel désordre peut craindre un cœur désespéré? N'y consent-elle pas?
FABIAX
Oui , seigneur, mais...
SÉVÈRE
N'importe.
FABIAN
Cette vive douleur en deviendra plus forte.
Et ce n'est pas un mal que je veuille guérir; Je ne veux que la voir, soupirer et mourir.
FABIAN
Vous vous échapperez sans doute en sa présence ; Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance; Dans un tel entretien il suit sa passion ^ Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation.
SÉVÈRE
Juge autrement de moi , mon respect dure encore ; Tout violent qu'il est , mon désespoir l'adore. Quels reproches aussi peuvent m' être permis? De quoi puis-je accuser qui ne m'a rien promis? Elle n'est point parjure , elle n'est point légère; Son devoir m'a trahi, mon malheur, et son père. Mais son devoir fut juste , et son père eut raison ; J'impute à mon malheur toute la trahison ; Un peu moins de fortune et plus tôt arrivée Eût gagné l'un par l'autre, et me l'eût conservée; Trop heureux, mais trop tard, je n'ai pu l'acquérir : Laisse-la-moi donc voir, soupirer et mourir.
FABIAN
Oui, je vais l'assurer qu'en ce malheur extrême
' Vak. Daiis un tel désespoir il suit sa passion.
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Vous êtes assez fort pour vous vaincre vous-même. Elle a craint comme moi ces premiers mouvements Qu'une perte imprévue arrache aux vrais amants , Et dont la violence excite assez de trouble , Sans que l'objet présent l'irrite et le redouble.
SÉVÈRE
Fabian^ je la vois.
FABIAN
Seigneur, sou venez- vous...
SÉVÈRE
Hélas! elle aime un autre , un autre est son époux. SCÈNE II.