‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 207 sur 355 · ACTE II, SCENK VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENK VI

De celte occasion qu'il a sitôt fait naître , Où déjà sa bonté, pr6te «\ me couronner, Daigne éprouver la foi qu'il vient de me donner.

NÉARQUE

Ce zèle ^st trop ardent^ souffrez qu'il se modère.

POLYEUCTE

On n'en peut trop avoir pour le Dieu qu'on révère.

NÉARQUE

Vous trouverez la mort.

POLYEUCTE

Je la cherche pour lui.

NÉARQUE

Et si ce cœur s'ébranle?

Il sera mon appui.

NÉARQUE

Il ne commande point que l'on s'y précipite.

POLYEUCTE

Plus elle est volontaire, et plus elle mérite.

NÉARQUE

Il suffit, sans chercher, d'attendre et de souffrir.

POLYEUCTE

On souffre avec regret quand on n'ose s'offrir.

NÉARQUE

Mais dans ce temple enfin la mort est assurée.

POLYEUCTE

iMais dans le ciel déjà la palme est préparée.

NÉARQUE

Par une sainte vie il faut la mériter \

POLYEUCTE

Mes crimes, en vivant, me la pourraient ôter. Pourquoi mettre au hasard ce que la mort assure? Quand elle ouvre le ciel, peut-elle sembler dure ?

' Vak. Par une sainte vie il la faut mériter.

310 POLVEICTE.

Je suis chrétien, Néarque, et le suis tout à fait;

La foi que j'ai reçue aspire à son effet.

Qui fuit croit lâchement, et n'a qu'une foi morte.

NÉARQUE

Ménagez votre vie, à Dieu même elle importe '; Vivez pour protéger les chrétiens en ces lieux.

POLYEUCTE

L'exemple de ma mort les fortifiera mieux.

XÉ ARQUE.

Vous voulez donc mourir?

POLYEUCTE

Vous aimez donc à vivre?

XÉARQUE.

Je ne puis déguiser que j'ai peine à vous suivre. Sous rhorreur des tourments je crains de succomber.

POLYEUCTE

Qui marche assurément n'a point peur de tomber : Dieu fait part , au besoin , de sa force infinie. Qui craint de le nier, dans son âme le nie; Il croit le pouvoir faire , et doute de sa foi.

NÉARQUE

Qui n'appréhende rien présume trop de soi.

POLYEUCTE

J'attends tout de sa grâce, et rien de ma faiblesse. Mais , loin de me presser, il faut que je vous presse! D'où vient cette froideur?

NKARQUE.

Dieu même a craint la mort.

POLYEUCTE

Il s'est offert pourtant; suivons ce saint effort ; Dressons-lui des autels snr des monceaux d'idoles. Il faut (je me souviens encor de vos paroles)

' V\R. Voyez que vohr vir à Dieu inriiirs im|K»rN\

Page 1