‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 240 sur 355 · S92 EXAMEN DE POLYEUCTE · texte numérisé non relu

S92 EXAMEN DE POLYEUCTE

uiuiie aux appartements de Félix et de sa fiile. 11 semble que la bienséance y soit un peu forcée pour conserver cette unité au second acte, en ce que Pauline vient jusque dans cette antichambre pour trouver Sévère, dont elle devrait attendre la visite dans son cabinet. A quoi je réponds qu'elle a eu deux raisons de venir au-devant de lui : l'une pour faire plus d'honneur à un homme dont son père redoutait l'indignation , et qu'il lui avait commandé d'adoucir en sa faveur; l'autre^ pour rompre plus aisément la conversation avec lui , en se retirant dans ce cabinet, s'il ne voulait pas la quitter à sa prière, et se délivrer^ par cette retraite, d'un entretien dangereux pour elle; ce qu'elle n'eût pu faire si elle eut reçu sa visite dans sou appartement.

Sa confidence avec Stratonice , touchant Tamour qu'elle avait eu pour ce cavaher, me fait faire une réflexion sur le temps qu'elle prend pour cela. 11 s'en fait beaucoup sur nos théâtres d'affections qui ont déjà duré deux ou trois ans, dont on attend à révéler le secret justement au jour de l'action qui se présente^, et non-seulement sans aucune raison de choisir ce jour-là plutôt qu'un autre pour le déclarer, mais lors même que vraisemblablement on s'en est dû ouvrir beaucoup auparavant avec la personne à qui on en fait confidence. Ce sont choses dont il faut instruire le spectateur en les faisant a\\prendre par un des acteurs à l'autre ; mais il faut prendre garde avec soin que celui à qui on les apprend ait eu lieu de les ignorer jnsquc-là aussi bien que le spectateur , et que quelque occasion tirée du sujet oblige celui qui les récite à rompre enfin un silence qu'il a gardé si longtemps. L'infante^ dans /e Cid, avoue à Léonor l'amour secret qu'elle a pour lui, et l'aurait pu faire un an ou six mois plus tôt. Cléopàtre, dans Pompée y ne prend pas des mesures plus justes avec Gharmion; elle lui conte la passion de César pour elle, et connne

Cliaque jour ses courriers Lui portent en tribut ses vœux et ses lauriers.

Cependant, comme il ne paraît personne avec ([ui elle ait plus tl'ouverture de cœur qu'avec cette Charmion, il y a grande apparence fine c'était elle-mènie dont cette reine se servait

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