ACTE r, SCÈNE TU
Ce dernier nous servit à sa seule prière.
Qui de leur amitié fut la preuve dernière :
Vous en savez l'effet, et vous en jouissez.
Mais pour un tel amant ce ne fut pas assez ;
Après avoir pour nous employé ce grand homme ,
Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome ,
Son amour en voulut seconder les efforts ,
Et, nous ouvrant son cœur, nous ouvrit ses trésors :
Nous eûmes de ses feux , encore en leur naissance ,
Et les nerfs de la guerre , et ceux de la puissance ,
Et les mille talents qui lui sont encor dus
Remirent en nos mains tous nos États perdus.
Le roi , qui s'en souvint à son heure fatale ,
Me laissa comme à vous la dignité royale ,
Et, par son testament, il vous fit cette loi *
Pour me rendre une part de ce qu'il tint de moi.
C'est ainsi qu'ignorant d'où vint ce bon office,
Vous appelez faveur ce qui n'est que justice ,
Et l'osez accuser d'une aveugle amitié.
Quand du tout qu'il me doit il me rend la m.oJtié.
PTOLOMÉE
Certes, ma sœur, le conte est fait avec adresse.
CLÉOPATRE
César viendra bientôt , et j'en ai lettre expresse ; Et'peut-étre aujourd'hui vos yeux seront témoins De ce que votre esprit s'imagine le moins. Ce n'est pas sans sujet que je parlais en reine. Je n'ai reçu de vous que mépris et que haine; Et, de ma part du sceptre indigne ravisseur. Vous m'avez plus traitée en esclave qu'en sœur ; Même , pour éviter des effets plus sinistres , 11 m'a fallu flatter vos insolents ministres ,
' Var. Et par son testament , qui doit servir de loi , Me rendit une part de ce qu'il tint de moi.
Dont j'ai craint jusqu'ici le fer ou le poison. Mais Pompée ou César m'en va faire raison. Et, quoi qu'avec Photin Achillas en ordonne , Ou l'une ou l'autre main me rendi^a ma couronne. Cependant mon orgueil vous laisse à démêler Quel était l'intérêt qui me faisait parler.