ACTE III, SCENK M
Et le trûne et le roi se seraient ennoblis
A soutenir la main qui les a rétablis.
Vous eussiez pu tomber, mais tout couvert de gloire ;
Votre chute eût valu la plus haute victoire ;
Et si votre destin n'eût pu vous en sauver,
César eût pris plaisir à vous en relever.
Vous n'avez pu former une si noble envie.
Mais quel droit aviez-vous sur cette illustre vie?
Que vous devait son sang pour y tremper vos mai us,
Vous qui devez respect au moindre des Romains?
Ai-je vaincu pour vous dans les champs de Pharsale *?
Et, par une victoire aux vaincus trop fatale,
Vous ai-je acquis sur eux , en ce dernier effort ,
La puissance absolue et de vie et de mort ?
Moi, qui n'ai jamais pu la souffrir à Pompée ',
La souffrirai-je en vous sur lui-même usurpée.
Et que de mon bonheur vous ayez abusé
Jusqu'à plus attenter que je n'aurais osé?
De quel nom, après tout, pensez-vous que je nomme
Ce camp où vous tranchez du souverain de Rome ,
Et qui sur un seul chef lui fait bien plus d'affront
Que sur tant de milliers ne fit le roi de Pont?
Pciisez-vous que j'ignore ou que je dissimule '
Que vous n'auriez pas eu pour moi plus de scrupule ,
Et que, s'il m'eût vaincu, votre esprit complaisant ^
Lui faisait de ma tète un semblable présent?
hJiT. Ergo in Thessalicis Pellseo fecimus arvis
Jus gladio?
hiiT Non tuleiam Magnum mecum Roraana regentcni.
Te , Ptoleiniee , fcrain ?
iMiT Xec (allere vos me
Crédite victoreni : nobis quoque taie paratuin
Littoris hospitium.
Vak. El que, s'il eût vaincu, votie esiuit coni[ildi>«ant.
Grâces à ma victoire, on me rend des hommages '
Où ma fuite eût reçu toutes sortes d'outrages ;
Au vainqueur, non à moi , vous faites tout l'honneur :
Si César en jouit, ce n'est que par bonheur.
Amitié dangereuse et redoutable zèle ,
Que règle la fortune , et qui tourne avec elle !
Mais parlez, c'est trop être interdit et confus.
PTOLOMKE.
Je le suis, il est vrai, si jamais je le fus; Et vous-même avouerez que j'ai sujet de l'être. Étant né souverain, je vois ici mon maître : I.'i ,dis-je, où ma cour tremble en me regardant, Où je n'ai point encore agi qu'en commandnnt, .!e vois une autre cour sous une autre puissance. Et ne puis plus agir qu'avec obéissance. De votre seul aspect je me suis vu surpris : .lugez si vos discours rassurent mes esprits -; Jugez par quels moyens je puis sortir d'un troul>lo Uuc forme le respect, que la crainte redouble, Et ce ([ue vous peut dire un prince épouvante De voir tant de colère et tant de majesté. Dans ces étonnements dont mon âme est frapi)ée De rencontrer en vous le vengeur de Pompée , Il me souvient pourtant que s'il fut notre appui , Nous vous dûmes dès lors autant et pUis (ju'à lui : Votre faveur pour nous éclata la première , Tout Vil qu'il lit après fut à votre prièi*e ' Il «'uiut le sénat [)Our dv.s rois outragés, Our sans cette prière il aurait négligés; Mais de c(; grand sénat les saintes ordonnances Eussent peu fait [K)ur nous, seigneuî*. sans v<»s liuan* (^
' Imii >»' si( in^M cnlla ^cranlur
riir<;salijf' liirliiii.i l.i« il - ^Ml .Iu;;r/. H *'•. tliHour- Jm n ailoiil inr, i'.)int-.
acth: m, sceiNE ii. uo
Par là de nos mutins le feu roi vint à bout ; Et, pour en bien parler, nous vous devons le tout. Nous avons honoré votre ami, votre gendre , Jusqu'à ce qu'à vous-même il ait osé se prendre ; Mais voyant son pouvoir, de vos succès jaloux , Passer en tyrannie , et s'armer contre vous...
CÉSAR
Tout beau : que votre haine, en son sang assouvie, N'aille point à sa gloire ; il suffit de sa vie. N'avancez rien ici que Rome ose nier.
Et justifiez-vous sans le calomnier.
PTOLOMÉE
Je laisse donc aux dieux à juger des pensées , Et dirai seulement qu'en vos guerres passées, Où vous fûtes forcé par tant d'indignités , Tous nos vœux ont été pour vos prospérités ; Uue, comme il vous traitait en mortel adversaire, J'ai cru sa mort pour vous un malheur nécessaire; Et que sa haine injuste , augmentant tous les jours ,. Jusque dans les enfers chercherait du secours ; Ou qu'enfin , s'il tombait dessous votre puissance , Il nous fallait pour vous craindr-e votre clémence ; Et que le sentiment d'un cœur trop généreux. Usant mal de vos droits, vous rendît malheureux.
J'ai donc considéré qu'en ce péril extrême Nous vous devions, seigneur, servir malgré vous-même; Et, sans attendre d'ordre en cette occasion. Mon zèle ardent l'a prise à ma confusion. Vous m'en désavouez, vous l'imputez à crime ; Mais pour servir César rien n'est illégitime. J'en ai souillé mes mains pour vous en préserver : Vous pouvez en jouir et le désapprouver ; Et plus j'ai fait pour vous, plus l'action est noire, Puisipic c'est d'autant plus vous immoler ma gloire,
Et que ce sacriJice, offert par mon devoir, Vous assure la votre avec votre pouvoir.
CÉSAR
Vous cherchez , Ptolomée , avecque trop de ruses
De mauvaises couleurs et de froides excuses.
Votre zèle était faux, si seul il redoutait
Ce que le monde entier à pleins vœux souhaitait ;
Et s'il vous a donné ces craintes trop subtiles
Qui m'ôtent tout le fruit de nos guerres civiles',
Où l'honneur seul m'engage , et que pour terminer
Je ne veux que celui de vaincre et pardonner.
Où mes plus dangereux et plus grands adversaires,
Sitôt qu'ils sont vaincus , ne sont plus que mes frères ;
Et mon ambition ne va qu'à les forcer,
Ayant dompté leur haine, à vivre et m'embrasser.
0 combien d'allégresse une si triste guerre Aurait-elle laissé dessus toute la terre. Si Rome avait pu voir marcher en même char % Vainqueurs de leur discorde, et Pompée et César ! Voilà ces grands malheurs que craignait votre zèle. 0 crainte ridicule autant que criminelle ! Vous craigniez ma clémence ! ah ! n'ayez plus ce soin ; Souhaitez-la plutôt, vous en avez besoin. Si je n'avais égard qu'aux lois de la justice , Je m'apaiserais Rome avec votre supplice. Sans que ni vos respects, ni votre repentir, Ni votre dignité, vous pussent garantir*; Votre trône lui-même en serait le tliéàtre : Mais, voulant épargner le sang de Cléopàtre,
' IMIT Unira hcili
riir-riiia < i\jlis, victis «lonan; s,iliilrm,
r»'rdi(lirinis.
■ Vaii. Si liiri viixail iiiaM lier (Il >mis un ?ricin( ( liai . ' Vau. Ni volic dignité, nous < u pût j^arauiii.
AGTK m, SCKNK III. 441
J'iinputo à vos flatteurs toute la trahison, Et je veux voir comment vous m'en ferez raison ; Suivant les sentiments dont vous serez capable Je saurai vous tenir innocent ou (coupable. Cependant à Pompée élevez des autels * , Rendez-lui les honneurs qu'on rend aux immortels ; Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes , Et surtout pensez bien au choix de vos victimes. Allez y donner ordre, et me laissez ici Entretenir les miens sur quelque autre souci.