ACTE m, SCÈNE UT. i3i
S'ils sortent de Paris, ne vont qu'à leur village,
Et se donnent ici pour témoins approuvés
De tous ces grands com])ats qu'ils ont lus ou rAvés !
Il aura cru sans doute (ou je suis fort trompée)
Que les filles de cœur aiment les gens d'épée ;
Et, vous prenant pour telle, il a jugé soudain
Qu'une plume au chapeau vous plait mieux qu'à la main.
Ainsi donc, pour vous plaire, il a voulu paraître,
Non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il veut être,
Et s'est osé promettre un traitement plus doux
Dans la condition qu'il veut prendre poui^ vous.
CLARICE
En matière de fourbe il est maître, il y pipe; Après m'avoir dupée , il dupe encore Alcippe ' . Ce malheureux jaloux s'est blessé le cerveau D'un festin qu'hier au soir il m'a donné sur l'eau. Juge un peu si la pièce a la moindre apparence"^ Alcippe cependant m'accuse d'inconstance, Me fait une querelle où je ne comprends rien. J'ai, dit-il, toute nuit souffert son entretieiv: Il me parle de bal , de danse , de musique , D'une collation superbe et magnifique , Servie à tant de plats, tant de fois redoublés , Que j'en ai la cervelle et les esprits troublés.
ISABELLE
Reconnaissez par là que Dorante vous aime , Et que dans son amour son adresse est extrême , Il aura su qu'^Vlcippe était bien avec vous -, Et pour l'en éloigner il l'a rendu jaloux. Soudain à cet effort il en a joint un autre ; 11 a fait que son père est venu voir le vùtrc. Un amant peut-il mieux agir en un moment
' Vak. D'une autre toute Iraiclie il dupe encoie Airippe, - Vah. Il aura su iju'Alcippe était aimé (l<^ vous.
r,32 LE ME MEl n.
Une de gagner un père et brouiller l'autre amant?
Votre père Fagrée , et le sien vous souhaite ;
Il vous aime, il vous plait^ c'est une affaire faite.
CLARICE
Elle est faite, de vrai . ce qu'eUe se fera,
ISABELLE
Quoi ! votre cœur se change , et désobéira ^ ?
CLARICE
Tu vas sortir de garde , et perdre tes mesures. Explique , si tu peux , encor ses impostures :
Il était marié sans que l'on en sût rien ; Et son père a repris sa parole du mien , Fort triste de visage et fort confus dans l'âme.
ISABELLE
Ah ! je dis à mon tour : Qu'il est fourbe , madame ! C'est bien aimer la fourbe, et l'avoir bien en main, Que de prendre plaisir à fourber sans dessein. [dre
Car, pour moi^ plus j'y songe, et moins je puis cojnpren- Quel fruit auprès de vous il en ose prétendre. Mais qu'allez-vous donc faire, et pourquoi lui parler? Est-ce à dessein d'en rire , ou de le quereller?
Je prendrai du plaisir du moins à le confondre.
ISABELLE
J'en prendrais davantage à le laisser morfondre.
CLARICE
Je veux l'entretenir par curiosité -.
Mais j'entrevois quelqu'un dans cette obscurité. Et si c'était lui-même, il pourrait me connaître^ : Entrons done chez Lucrèce , allons à sa fenêtre,
' Vam. Quoi ! votrr huiiitiir ici luMli-sobc'ira?
'' Vah. Non, j«; lui veux parler par ruriosité
' Vam. Et si cf'tail lui-rnèiinv il nu (KMirrait (N)nnailrc.