‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 351 sur 355 · CLARICE, LUCRÈCE, DORANTE, SABINE, CLITON · texte numérisé non relu

CLARICE, LUCRÈCE, DORANTE, SABINE, CLITON

CLARICE, à Lucrèce.

Il peut te dire vrai, mais ce n'est pas son vice. Comme tu le connais, ne précipite rien.

DORA>TE, a Clarice.

Beauté qui pouvez seul et mon mal et mon bien.. .

CLARICE, àLucrèc

On dirait qu'il m'en veut, et c'est moi qu'il regarde.

LUCRÈCE, à Clarice

Quelques regards sur toi sont tombés par mésarde. Voyons s'il continue.

DORANTE, à Clarice.

Ah! que loin de vos yeux I^s moments à mon cœur deviennent ennuyeux! Et que je reconnais, par mon expérience, Quel supplice aux amants est une heure d'absence 1

CLARICE, à Lucrèce.

Il continue encor.

LUCRÈCE, à Clarice.

Mais vois ce qu'il m'écrit.

CLARICE. à Lucrèce.

Mais écouta.

LUCRÈCE, à Clarice.

Tu prends pour toi ce qu'il me dit.

CLARICE

Éclaircissons-nous-en. Vous m'aimez donc. Dorante?

ÔT4 LE MExNTEUR.

DOUANTE, àClairce.

Hélas! cfiie cette amour vous est indifférente! Depuis que vos regards m'ont mis sous votre loi...

CLARICE, à Lucrèce.

Crois-tu que le discours s'adresse encore à toi?

LUCRKCEj àClarire.

Je ne sais où j'en suisl

(XARÏCE;, à Lucrèce.

Oyons la fourbe entière.

LUCRÈCE, àClaricc.

Vu ce que nous savons, elle est un peu grossière.

CLARICE, à Lucrèce.

C'est ainsi qu'il partage entre nous son amour. Il te flatte de nuit, et m'en conte de jour \

DORANTE, à Clarice.

Vous consultez ensemble! Ah! quoi qu'elle vous die, Sur de meilleurs conseils disposez de ma vie ; Le sien auprès de vous me serait trop fatal ; Elle a quelque sujet de me vouloir du mal.

LUCRÈCE, en elle-même.

Ah! je n'en ai que trop; et si je ne me veiii.'T..,

CLARICE, à Porante.

Ce qu'elle me disait est de vrai fort étrange.

DORANTE

C'est quelque invention de son esprit jalouv.

CLARICE

Je le crois : mais enfin me reconnaissez-vous

DORANTE

Si je vous reconnais ! Quittez ces railleries, Vous que j'entretins hier dedans les Tuileries, (Jue je fis aussitôt maltresse de mon sort ?

CLARICE

Si je veux toutefois en croire son rapport,

' V\i'.. Il Vrn nm\r «Ir nuit . rntniur il tnc fait df jour-

ACTK V, SCENE VI. ^ r.7â

Pour une autre déjà votre âinie inquiétée...

DORA^TK.

Pour une autre déjà je vous aurais quittée ? Uue plutôt à vos pieds mon cœur sacrifié...

CLARICE

Bien plus, si je la crois, vous êtes marié.

DORASTE

Vous me jouez, madame; et, sans doutt3 pour rir<'. Vous prenez du plaisir à m'entendre redire Qu'à dessein de mourir en des liens si doux, Je me fais marié pour toute autre que vous.

CLARICE

Mais avant qu'avec moi le noeud d'hymen vous lie ^, Vous serez marié, si l'on veut, en Turquie.

DORANTE

x\vant qu'avec toute autre on me puisse engager % Je serai marié, si l'on veut, en Alger.

CLARICE

Mais enfin vous n'avez que mépris pour Clarice ?

DORANTE

Mais enfin vous savez le nœud de l'artifice, Et que pour être à vous je fais ce que je puis,

CLARICE

Je ne sais plus moi-même à mon tour où j'en suis. Lucrèce, écoute un mot.

DORANTE, àClitoii.

Lucrèce î que dit-elle ?

CLIT'ON , à Dorante.

Vous en tenez, monsieur : Lucrèce est la plus belle : Mais laquelle des deux? J'en ai le mieux jut^é, Et vous auriez perdu si vous aviez gagé.

' V^n. Et qu'avant <iuc l'hymen avccqiic moi vous lie. ' V\p.. Dites qu'avant qu'on puisse autrement m'engager.

r,7G LE MENTEUR,

DORANTE, àCliton.

Cette nuit à la voix j'ai cru la reconnaître.

CLITON , à Doraute.

Clarice sous son nom parlait à sa fenêtre ; Sabine m'en a fait un secret entretien.

DORANTE, àCliton.

Bonne bouche ! j'en tiens : mais l'autre la vaut bien ; Et^ comme dès tantôt je la trouvais bien faite. Mon cœur déjà penchait où mon erreur le jette. Ne me découvre point; et dans ce nouveau feu Tu me vas voir, Cliton, jouer un nouveau jeu. Sans changer de discours, changeons de batterie.

LUCRÈCE , à Clarice.

Voyons le dernier point de son effronterie. Quand tu lui diras tout, il sera bien surpris.

CLARICE, à Uoranic.

Comme elle est mon amie, elle m'a tout appris. Cette nuit vous l'aimiez, et m'avez méprisée. Laquelle de nous deux avez-vous abusée?

Vous lui parliez d'amour en termes assez doux.

Moi î depuis mon retour je n'ai parlé qu'à vous.

CLARICE

Vous n'ij:\ez point parlé cette nuit à Lucrèce ?

DORANTE

Vous n'avez point voulti me faire un tour d'adresse ? Et je ne vous ai point reconnue à la voix?

CLARICE.-

Nous dirait-il bien vrai pour la première fois'?

DORANTE

Pour me venger de vous j'eus assez de malice;

Pour vous laisser jouir d'un si lourd artifice,

Et, vous laissant passer pour ce que vous voiirH'z,

* Var, Vous (lii;iil-il h\ex\ vrai pour lii |>rcniiriT fois?

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