ACTE V, SCENE ï
(( Qui forçait sa maîtresse à poursuivre sa mort : « Elle voulait sa tête ; et son cœur magnanime , « S'il l'en eût refusée, eût pensé faire un crime. c( Pour venger son honneur il perdit son amour, « Pour venger sa maltresse il a quitté le jour, « Préférant ( quelque espoir qu'eut son âme asservie ) « Son honneur à Chimène, et Chimène à sa vie. » Ainsi donc vous verrez ma mort en ce combat. Loin d'obscurcir ma gloire, en rehausser l'éclat; Et cet honneur suivra mon trépas volontaire. Que tout autre que moi n'eût pu vous satisfaire.
CUIMÈNE.
Puisque , pour t'empêcher de courir au trépas ,
Ta vie et ton honneur sont de faibles appas.
Si jamais je t'aimai, cher Rodrigue, en revanche.
Défends-toi maintenant pour m'ôter à don Sanche ;
Combats pour m' affranchir d'une condition
Qui me donne à l'objet de mon aversion \
Te dirai-je encor plus? va, songe à ta défense.
Pour forcer mon devoir, pour m'imposer silence ;
Et, si tu sens pour moi ton cœur encore épris' ,
Sors vainqueur d\m combat dont Chimène est le prix.
Adieu : ce mot lâché me fait rougir de honte.
D. RODRIGUE, seul.
Est-il quelque ennemi qu'à présent je ne dompte? Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans, Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants ; Unissez-vous ensemble , et faites une armée , Pour combattre une main de la sorte animée; Joignez tous vos efforts contre un espoir si doux ; Pour en venir à bout , c'est trop peu que de vous.
' Var. Qui me livre à l'objet de mon aversion. ^ V\R. Et si jamais l'amour échauffa tes esprits.