L'INFANTE, LÉONOR
l'infante.
Où viens-tu, Léonor?
LÉONOR
Vous applaudir, madame ^ , Sur le repos qu'enfin a retrouvé votre âme.
l'infante.
D'où viendrait ce repos dans un comble d'ennui?
LÉONOR
Si l'amour vit d'espoir, et s'il meurt avec lui , Rodrigue ne peut plus charmer votre courage. Vous savez le combat où Ghimène l'engage ; Puisqu'il faut qu'il y meure, ou qu'il soit son mari. Votre espérance est morte, et votre esprit guéri.
l'infante.
Ah ! qu'il s'en faut encor ^ !
LÉONOR
Que pouvez-vous prétendre?
l'infante.
Mais plutôt quel espoir me pourrais-tu défendre?
' Var. Entre eux un père mort sème si peu de haine.
' Var Vous témoigner , madame ,
L'aise que je ressens du repos de votre ame. ^ Var. Oh ! qu'il s'en faut encor '
110 LECin.
Si Rodrigue combat sous ces coiiilitions , Pour en rompre l'effet j'ai trop d'inventions. L'amour, ce doux auteur de mes cruels supplices , Aux esprits des amants apprend trop d'artifices.
LÉONOR
Pourrez-vous quelque chose, après qu'un père mort N'a pu, dans leurs esprits, allumer de discord? Car Chimène aisément montre, par sa conduite , Que la haine aujourd'hui ne fait pas sa poursuite. Elle obtient un combat, et pour son combattant C'est le premier offert qu'elle accepte à l'instant : Elle n'a point recours à ces mains généreuses ^ Que tant d'exploits fameux rendent si glorieuses ; Don Sanche lui suffit , et mérite son choix ^ , Parce qu'il va s'armer pour la première fois ; Elle aime en ce duel son peu d'expérience : Comme il est sans renom , elle est sans défiance ; Et sa facilité vous doit bien faire voir ^ Qu'elle cherche un combat qui force son devoir. Qui livre à son Rodrigue une victoire aisée '* , Et l'autorise enfin à paraître apaisée.
l'infante.
Je le remarque assez, et toutefois mon cœur A l'envi de Chimène adore ce vainqueur. A quoi me résoudrai-je, amante infortunée?
LÉONOU.
A vous mieux souvenir de qui vous êtes née '' : Le ciel vous doit un roi, vous aimez un suj<'t!
' V\ii, Elle ne choisit point (le ces mains Kcnén.'uscs. - Vvi:. Don Sanche lui suffit : c'est la première fois Que ce jeune seigneur emlosse leharnctis. Vah. Un tel choix , et si promjjt , vous doit i)ien faire voir.
♦ Vaij. Et, livrant il llodrigue une; victoire a. s(V ,
Puisse l'autoriscT à paraître apaist'e.
* V Mi. A vous resM)uvriiir tic ipii vous êtes m-c