‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 81 sur 355 · DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DUC DE RICHELIEU

Monseigneur

Je n'aurais jamais eu la témérité de présenter à Votre Éininence ce mauvais portrait d'Horace, si je n'eusse considéré qu'après tant de bienfaits que j'ai reçus d'elle, le silence où mon respect m'a retenu jusqu'à présent passerait pour ingratitude, et que, quelque juste défiance que j'aie démon travail, je dois avoir encore plus de confiance en votre bonté. C'est d'elle que je tiens tout ce que je suis; et ce n'est pas sans rougir que, pour toute reconnaissance, je vous fais un présent si peu digne de vous, et si peu proportionné à ce que je vous dois. Mais, dans cette confusion, qui m'est commune avec tous ceux qui écrivent, j'ai cet avantage qu'on ne peut, sans quelque injustice, condamner mon choix, et que ce généreux Romain, que je mets aux pieds de Votre Éminence, eût pu paraître devant elle avec moins de honte, si les forces de l'artisan eussent répondu à la dignité de la matière : j'en ai pour garant l'auteur dont je l'ai tirée, qui commence à décrire cette fameuse histoire par ce glorieux éloge , « qu'il n'y a presque au- « cune chose plus noble dans toute l'antiquité. >» Je voudrais que ce qu'il a dit de l'action se put dire de la peinture que j'en ai faite, non pour en tirer plus de vanité, mais seulement pour vous offrir quelque chose un peu moins indigne de vous être offert. Le sujet était capable de plus de grâces, s'il eût été traité d'une

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main plus savante; mais du moins il a reçu de la miennô toutes celles quelle était capable de lui donner^ et qu'on pouvait raisonnablement attendre d'une muse de province, qui, n'étant pas assez heureuse pour jouir souvent des regards de Votre Éminence, n'a pas les mêmes lumières à se conduire qu'ont celles qui en sont continuellement éclairées. Et certes, Monseignfxr, ce changement visible qu'on remarque en mes ouvrages depuis que j'ai l'honneur d'être à Votre Éminence, qu'est-ce autre chose qu'un effet des grandes idées qu'elle m'inspire quand elle daigne souffrir que je lui rende mes devoirs; et à quoi peut-on attribuer ce qui s'y mêle de mauvais, qu'aux teintures grossières que je reprends quand je demeure abandonné à ma propre faiblesse? U faut. Monseigneur, que tous ceux qui dojinent leurs veilles au théâtre publient hautement avec moi que nous vous avons deux obligations très-signalées : Tune, d'avoir ennobli le but de l'art; l'autre, de nous en avoir facilité les connaissances. Vous avez eniobli le but de l'art, puisque, au lieu de celui de plaire M peuple, que nous prescrivent nos maîtres, et dont les deux. plus honnêtes gens de leur siècle, Scipion et Lœlie, ont autrefois protesté de se contenter, vous nous avez donné celui de vous plaire et de vous divertir; el qu'ainsi nous ne rendons pas un petit service à l'Etat, puisque, contribuant à vos divertissements, nous coniribuons à l'entretien d'une santé qui lui est si précieuse et si nécessaire. Vous nous en avez facilité les connaissances, puisque nous n'avons plus besoin d'autre étude pour les acquérir que d'attacher nos yeux sur Votre éminence quand elle honore de sa présence et de son •ention le récit de nos poCmes. C'est là que, lisant sur î>n visage ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas, «tous nous insfruisons avec certitude de ce (pii est bon

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