‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 94 sur 355 · ACTE ÎI, SCÈNE ï · texte numérisé non relu

ACTE ÎI, SCÈNE ï

Je vois trop dans ce choix ses funestes projets. Et nie compte déjà pour un de vos sujets.

Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Rome,

Voyant ceux qu'elle oublie , et les trois qu'elle nomme ' .

C'est un aveuglement pour elle bien fatal

D'avoir tant à choisir, et de choisir si mal.

Mille de ses enfants, beaucoup plus dignes d'elle,

Pouvaient bien mieux que nous soutenir sa querelle :

Mais quoique ce combat me promette un cercueil ,

La gloire de ce choix m'enfle d'un juste orgueil;

Mon esprit en conçoit une mâle assurance :

J'ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance;

Et du sort envieux quels que soient les projets.

Je ne me compte point pour un de vos sujets.

Rome a trop cru de moi ; mais mon àme ravie

Remplira son attente, ou quittera la vie.

Qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement

Ce noble désespoir périt malaisément.

Rome, quoi qu'il en soit, ne sera point sujette,

Que mes derniers soupirs n'assurent ma défaite.

CURIACE

Hélas ! c'est bien ici que je dois être plaint !

(]e que veut mon pays, mon amitié le craint.

Dures extrémités de voir Albe asservie ,

Ou sa victoire au prix d'une si chère vie;

Et que l'unique bien où tendent ses désirs

S'achète seulement par vos derniers soupirs !

Quels vœux puis-je former, et quel bonheur attendre?

De tous les deux côtés j'ai des pleurs à répandre ;

De tous les deux côtés mes désirs sont trahis.

Quoi! vous me pleureriez mourant pour mon pays!

^ V\R. Vu ceux quelle rejeUc . et les trois qiiell'' ivumir.

156 HORACK.

Pour un cœur généraux ce trépas a des charmes; l^a gloire qui le suit ne souffre point de larmes , Kt je le recevrais en bénissant mon sort^ Si Rome et tout l'État perdaient moins en ma mort ' .

CURIACE

A vos amis pourtant permettez de le craindre ; Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre : La gloire en est pour vous, et la perte pour eux ; Il vous fait immortel, et les rend malheureux : On perd tout quand on perd un ami si fidèle. Mais Flavian m'apporte ici quelque nouvelle.

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