‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 98 sur 355 · ACTE H, SCÈNE IIF · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE IIF

Qik; tout le mien consiste à vous percer le flanc,

Près d'épouser la sœur, qu'il faut tuer le frère,

Et que pour mon pays j'ai le sort si contraire :

Encor (]u\\ mon devoir je coure sans terreur,

Mon cœur s'en effarouche, et j'en frémis d'horreur;

J'ai pitié de moi-même, et jette un œil d'envie

Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie ' ,

Sans souhait toutefois de pouvoir reculer.

Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranlcr .

.l'aime ce qu'il me donne, et je plains ce qu'il m'(Me;

Et si Rome demande une vertu plus haute.

Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain,

Pour conserver encor quelque chose d'humain.

Si vous n'êtes Romain, soyez digne de l'être; Et , si vous m'égalez , faites-le mieux paraître .

La solide vertu dont je fais vanité N'admet point de faiblesse avec sa fermeté ; Et c'est mal de l'honneur entrer dans la carrière Que dès les premiers pas regarder en arrière. Notre malheur est grand; il est au plus haut point; Je l'envisage entier, mais je n'en frémis point : Contre qui que ce soit que mon pays m'emploie , J'accepte aveuglément cette gloire avec joie; Celle de recevoir de tels commandements Doit étouffer en nous tous autres sentiments. Oui , près de le servir, considère autre chose, A faire ce qu'if doit lâchement se dispose; Ce droit saint et sacré rompt tout autre lien. Rome a choisi mon bras, je n'examine rien. Avec une allégresse aussi pleine et sincère Que j'épousai la sœur, je combattrai le frère;

' V AU. Sur crnx dont notre mjorrc a con«omm«^ la vie.

ICO HORACE.

VA y pour trancher enriii ces discours superflus, Albe vous a nommé, je ne vous connais plus.

CURIACE

Je vous connais encore , et c'est ce qui me tue ; Mais cette ùpre vertu ne m'était pas connue; Comme notre malheur elle est au plus haut point : Souffrez que je l'admire, et ne l'imite point.

Non, non, n'embrassez pas de vertu par contrainte;

Et, puisque vous trouvez plus de charme à la plainte,

Kn toute liberté goûtez un bien si doux.

Voici venir ma sœur pour se plaindre avec vous.

Je vais revoir la vôtre, et résoudre son ame

A se bien souvenir qu'elle est toujours ma femme * ,

A vous aimer encor, si je meurs par vos mains,

Et prendre en son malheur des sentiments romains.

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