ACTE V, SCENE 11. 2o
EUPHROSINE
Moi?
ÉSOPE
Oui. Vous me trompez.
Ce langage est trop doux pour être véritable , Et daus si peu de temps on n'est point si traitable. Je pénétre aisément dans votre intention.
DOB is.
Oh ! monsieur, là-dessus, je suis sa caution. J'ai le cœur sur la langue, et jamais je n'affecte...
ÉSOPE
Tout franc, la caution m'est encor plus suspecte. Je veux bien toutefois, pour contenter vos vœux. Différer notre hymen, et d'un jour et de deux. Je vous trouve si belle, et ma flamme est si forte, Que je puis en mourir de chagrin; mais n'importe.
DORis, àpa>-t.
Plût aux dieux!
ÉSOPE
Piaît-il ?
DORIS
Quoi?
ÉSOPE
Vous invoquez les cieux?
DORlS.
Je dis que de la mort vous préservent les dieux... Quelle perte !
ÉSOPE
Vraiment, je vous suis redevable.
3o4 LES FABLES D'ÉSOPE.
EUPHROSINE
Un jour ou deux, monsieur! êtes-vous raisonnable? Pour un effort si grand, est-ce un terme assez long?
ÉSOPE
Et quel temps, s'il vous plaît, me demandez-vous donc? Voyons.
E UPHROSINE.
' Un an ou deux. Je ne puis moins prétendre ; Je suis jeune...
ÉSOPE
Et moi vieux : je ne saurois attendre. Avant qu'il soit deux ans , ridicule et barbon , Je voudrois bien savoir à quoi je seraii bon. Qui me fuit maintenant, qui soupire, qui pleure, En auroit dans deux ans une raison meilleure. Différer de deux jours est tout ce que je puis; Encore est-ce beaucoup dans l'état où je suis. Si vous saviez...
EUPHROSINE
De grâce , ayez plus de tendresse :
Peut-on rien refuser aux vœux d'une maîtresse?
ÉSOPE
Je suis souril.
EUPHROSINE
Eh ! monsieur, ne vous prévalez pas De ce qu'à vos désirs mon père tend les bras : Songez que vous m'aimez, et que je vous en prie.
Arrêtez-vous... Je sens que j'ai l'ame attendrie.