LA MARCHANDISE DE MAUVAIS DÉBIT
FABLE
Apollon et Mercure, étant brouillés là haut.
Ne sa voient ici-bas où donner de la tête ;
Ils navoieut point d'argent, et c'est un grand défaut :
Jamais de l'indigence on n'a chômé la fête.
•" Que deviendrons-nous, dirent-ils,
« Si Jupiter ne nous rappelle?»
Faire des tours de main, aussi prompts que subtils.
Est un art où Mercure excelle;
Mais il craignoit les alguazils.
Et , s'il se rencontroit sous leur patte cruelle ,
De mettre en œuvre les outils
De la justice criminelle.
L'ingénieuse pauvreté , Qui, pour vivre de rien, rêve, invente, s'exerce.
Leur fit voir plus de sûreté
A faire îin louable commerce.
Mais comment? Ils n'ont rien, argent, fonds, ni crédit. Pendant cet embarras il arrive une foire : Apollon s'avisa de vendre de l'esprit.
Et Mercure de la mémoire.
Après s'être postés dans l'endroit le plus beau , Pour attirer du peuple et de la chalandise. Chacun dans un écriteau Etala sa marchandise.
Mais à peine Mercure a-t-il planté le sien