‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 8 sur 228 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Vous êtes fort bien fait, ou ne peut l'être mieux.

M. Ml CHAUT.

Pourriez-vous, en payant, me faire des aïeux?

ORONTE

Des aïeux?

M. MIC H AU T

Écoutez, je parle avec franchise.

J'aiine depuis six mois une jeune marquise, Belle , bien faite, noble; et , grâces à mes soins , Si j'ai beaucoup d'amour, elle n'en a pas moins. Ses parents, dont le moindre est baron ou vicomte, Délicats sur l'honneur, sensibles à la honte , Consultés tous ensemble ont approuvé mes feux. Pourvu que mes parents soient aussi nobles qu'eux; Et je viens vous trouver pour anoblir ma race.

ORONTE

Moi, monsieur? Et comment voulez-vous que je fasse A moins d'avoir un titre et solide et constant , Puis-je...

M. MICH AUT

Bon! tous les jours vous en faites autant. > Tout vous devient possible, étant ce que vous êtes. Vos Mercurcs sont pleins de nobles que vous faites; De noms si biscornus , s'il faut dire cela , Qu'on ne peut être noble et porter ces noms-là. Ne me refusez pas ce que je vous demande, De toutes les rigueurs ce seroit la plus grande ; Et mon hymen rompu me feroit enrager.

OR ON TE

Je voudrois fort, monsieur, vous pouvoir obliger.

j8 le mercurk galant.

Je puis à la noblesse ajouter quelque lustre, Et rappeler de loin une famille illustre : Mais dans tous mes écrits jamais aucun appas Ne m'a fait anoblir ce qui ne l'étoit pas. N'entrevoyez-vous point dans toute votre race De gloire ou de valeur quelque légère trace? Aucun de vos aïeux ue s'est-il signalé?

M. MICHACT.

Ma foi, mon père est mort sans m'en avoir parlé : Et de tous mes aïeux, puisqu'il ne faut rien taire, Je n'en ai point connu par-delà mon grand-père.

ORON TE.

Qu'étoit-il? avoit-il quelque grade?

M. MICHAUT

Entre nous , Feu mon grand-père étoit mousquetaire à genoux.

ORONTE

Quelle charge est-ce la?

M. MICHAUT

C'est ce que le vulgaire En langage commun appelle apothicaire.

ORONTE

Fi!

M. MICHAUT

Dépeiid-ii de nous d'être de qualité ?

Quand on m'a voulu faire, ai-je été consulté? Sans savoir ce qu'il fait , le hasard nous fait naître , Et ne demande point ce que nous voulons être. Mon père fut d'un cran plus noble que le sien; Il se fit médecin , gagna beaucoup de bien ,

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