SCÈNE I
EUPHIIOSINE, DORIS.
DORIS
Eh ! bons dieux ! qu'avez-vous qui vous rend éperdue?
ECPHROSI.NE.
Je n'en puis plus.
D'où vient?
EUPHROSINE
Doris, je suis perdue.
DORIS
Qu'est-ce quon vous a fait, et que dois-je penser?
EDPHROSINE.
Il faudroit, que je crois, un peu me délacer. J'étouffe.
DORIS
Eh bien! venez çà, que je vous délace.
EUPHROSINE
Arrête. Je suis mieux, et voilà qui se passe.
DORIS
Courage! efforcez-vous, reprenez vos esprits. Qu'avez-vous?
LES FABLES D'ÉSOPE. i3i
EUPHROSINE
Ce que j'ai? Je ne puis avoir pis.
DORIS
Depuis si peu de temps que je ne \ ous ai vue , Vous est-il arrive quelque affaire imprévue?
EUPHROSINE
Juge-s-en par mon trouble et par mou désespoir, Ou prête-moi l'oreille, et tu vas tout savoir. Apprends, Doris, apprends que le fourbe d'Ésope...
DORIS
Achevez, qu'a-t-il fait le malheureux cyclope?
EUPHROSIN E.
Loin de tenir parole et d'être mon appui , Il n'a pas dit un mot qui n'ait été pour lui. Il m'épouse demain par l'ordre de mon père.
DORIS
Lui, madame?
EUPHROSINE
Est-ce à tort que je me désespère?
Parle-moi nettement , nous sommes sans témoins , Est-ce à tort?
DORIS
Non, madame, on se pendroit à moins.
De votre désespoir quelque effet qu'on redoute, Etre femme d'Esope est encor pis sans doute; Et se précipiter d'un haut rocher à bas Est un sort moins cruel que d'entrer dans ses bras. Comment! quand ce magot, d'odieuse mémoire , A votre époux futur \ous a tantôt fait boire, '"'étoit à sa santé , sans cpie vous le crussiez,
i32 LES FABLES D'ÉSOPE.
Que ce malin bossu vouloit c[ue vous bussiez ! Il faut qu'assurément votre père radote.
EOPHROSINE.
Quel époux il me donne , et quel amant il m'ôte ! Tu sais ce qu'est Ésope , et ce qu'est Agénor?
Belle comparaison! c'est du fer et de l'or. Mais Agénor aussi, dont l'amour est extrême. N'est guère impatient de revoir ce qu'il aime : Depuis qu'il est parti pour aller à Lesbos De son père défunt empaqueter les os, Deux mois sont écoulés, et voici le troisième.
EUPHROSINE
Qu'aperçois-je , Doris?
DORIS
Madame, c'est lui-même.