‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 94 sur 228 · ACTE 11, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE VI

De vouloir promptement regagner son village? De quoi sert l'aboudance au milieu tlu danger? H avoit force mets, et ne pouvoit manger. Ton sort sera pareil , si tu prends une charge.

PIERROT

Après ce que je sais, mordié ! je m'en gobarge.

Moi , donner de l'argent , je serois un grand fou ,

Pour n'oser ni manger ni dormir tout mon soûl ,

Pour ne boire jamais que du vin qu'on frelate,

Pour être jour et nuit comme un chat sur ma patte,

Pour avoir des amis qui sont de vrais Judas.

Nenni , mordié ! nenni, je ne m'y frotte pas.

C'est avoir de l'esprit de donner une somme

Pour manger à son aise et dormir d'un bon somme ;

Mais dépenser son bien pour acheter du mal ,

Révérence parler, c'est être un animal.

Tenez, sans le plaisir que m'a fait votre fable,

J'allois être assez sot pour être connétable.

Dieu sait comme à loisir je m'en mordrois les doigts!

ÉSOPE

x\dieu. Si tu le peux , sois sage une autre fois : Sur-tout, ne prends jamais de fardeau qui t'assomme.

PIERROT

Testidié ! que ce rat étoit mi habile homme ! Vous êtes vous et lui, tant plus j'ouvre les yeux, De tous les animaux ceux que j'aime le mieux. Plaquez là \otre main. Si vous me voulez suivre, .ïc m'offre de bon canir de vous renvoyer ivre : ^ ai du vin frais percé qu'on ne frelate point, 5)ont je chamarerons le moule du pourpoint.

i5o LES FABLES D'ÉSOPE.

Venez.

ÉSOPE

Adieu , Pierrot. Encore un coup , sois sage.

PIERROT

Eh morgue ! que de joie auroit notre village ! On n'a jamais tant ri que nous ririons tretous De voir un margajat fagoté comme vous.

C'tapendant qu'à venir votre esprit se résoude, Adieu : quand vous voudrez, je hausserons le coude. Si je vous y tenois , je boirions à ravir.

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