ACTE III, SCÈNE I. i
LÉA KQUE.
Qu'en arrivera-t-il ?
Don is.
Qu'en peut-il arriver?
Je vous mets en sa place, et je vous prends pour elle. Si vous aviez vingt ans et que vous fassiez belle , Et qu'un homme bien fait et bien aimé de vous, V^ous vît donner par force un magot pour époux. Quand vous vous trouveriez un moment tète à tête , Quelle vertu, monsieur, ne feroit pas la béte? Ké nous entêtons point, et parlons de bon sens : Quoi ! les gens les mieux faits ne seront pas exempts D'une contagion qui devient si commune.
Et vous croyez qu'Esope aura plus de fortune? Quelque femme qu'il ait, je le dis , en un mot, Si ce n'est une sotte, il faut qu'il soit un sot. Jeu réponds.
LÉ ARQUE.
Apprends-moi, pernicieuse peste, Si ta langue maudite a joué de son reste : As- tu fait?
DORIS
Oui.
LÉARQUE.
Sors donc, abominable esprit.
BORIS
Je ne sortirai point sans congé par écrit.
Je prétends que l'on sache où mon zèle m'emporte,
Et par quelle raison vous voulez que je sorte.
i54 LES FABLES D'ÉSOPE.
LÉARQUE.
Parceque je le veux. Sors d'ici de ce pas.
DORIS
Dussiez-vous me tuer, je u'en sortirai pas. Donnez-moi vingt soufflets , c'est ce que je demande : Choisissez quelle joue il vous plaît que je tende; Me voilà prête à tout, hors à me séparer D'une pauvre brebis qu'un loup veut dévorer. Eh! monsieur, rappelez votre tendresse extrême. Et laissez-moi...
LÉARQDE.
Demeure, et laisse-moi toi-même.
( à Euphrosine. ) Quelque insolent discours que j'en aie essuyé. Je vous la rends ; tantôt vous m'en avez prié : Mais à condition, c'est moi qui vous l'impose, Que pour l'amour de moi vous ferez quelque chose. Esope , qui demain doit être votre époux , N'est qu'à demi content , s'il ne vous tient de vous : 11 vous doit venir voir, assuré par moi-même Que vous serez sensible à cet honneur extrême. Et qu'en fille bien née, et qui sait son devoir. Vous aurez du plaisir à le bien recevoir. Faites-moi dire vrai : le voilà qui s'avance.