ACTE I, SCÈNE Vlll. i8i
MABTHOK.
Cidalise ne veut entendre parler ni d'Eraste ni de ses lettres.
PA.SQCI>-.
Tant mieux. Je vais lui reporter celle-ci. N'astu rien à me dire autre chose ?
Tu lui diras que j'ai fait humainement pour lui tout ce que j'ai pu faire auprès de ma maîtresse ; «t qu'elle est si fort irritée, qu'il m'a été' impossible de l'adoucir.
PASQUIN
Ah! bien, bien, billes pareilles. Mon maître est dans une rage contre elle à n'en revenir jamais. Il avoue qu'on le trompe, et l'avoue pour la première fois de sa vie j l'aventure d hier l'a dégagé absolument.
M ARTHON
Mais d'où donc est venu tout ce désordre?
PASQUIN
Tu ne le sais point?
MARTHON.
Non, ma foi.
PASQUIN
Je vais te l'expliquer. Peste!- l'affaire est délicate, et l'on romproit à moins.
i82 LA COQUETTE ET LA FAUSSE PRUDE.
Point tant de digressions ; achève, je te prie.
PASQUIK.
Mon maître étoit à la foire hier avec ta maîtresse.
MARTHO:y.
Eh bien ? ton maître étoit à la foire : après ?
PASQCIN.
Il passa un jeune homme que Cidalise trouva fort bien fait. Aussitôt Erasle regarde une jeune personne, qu'il trouva fort aimable. Cidalise redoubla ses louanges pour le cavalier; Éraste exagéra les siennes pour la jeune personne. Ta maîtresse recommençoit toujours , mon maître ne finissoit point, et la fin de la conversation fut qu'ils se trouvèrent tous deux si laids, si laids, qu'ils se séparèrent avec des serments de ne se revoir de leur vie.
MARTHO'.
Tu n'as plus rien à me dire? Adieu.
PASQUIN
Demeure ici. J'entends Eraste, paye-le de son impatience ; aussi bien lui feras-tu mieux comprendre les choses.