‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Barthe, Goldoni, et DoratChapitre 184 sur 214 · ACTE 1, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE VI

FLORICOURT

Ton œil eiicor n'a pas saisi mon plan?

DAMIS

Oh! pas le mot.

FLOKICOURT.

Écoute : Épouses-tu Mélise, Ne l'épouses-tu pas?

DAMlS.

La demande est exquise.

FLORICOURT

Quels que soient tes projets, je n'y pénétre pas: Mais j'épouserai, moi.

DAMIS, ironiijuement.

Dès-lors plus d'embarras.

De vos expédients j'admire la justesse.

FLOKICOURT.

Nul procédé, sur-tout : le prix est pour l'adresse.

Dorine me protège , elle sait babiller;

Moi, je possède l'art de la faire parler:

Je me la suis acquise, et sa foi m'est connue.

D A .M I s , à part.

Cette Dorine-là me paroît entendue.

FLOR ICOURT.

Et Lisimon d'ailleurs servira mon amour. On dit t[u'il a jadis raffolé de la cour; Je veux lui mettre encor l'ambition en tète. C'est un ressort plaisant.

DAMIS

Et sur-lout fort honnête.

Ainsi vous épousez.

aSo LA FEINTE PAR AMOUR,

FLORICOURT

Un peu.

D AMIS

c'est mon avis.

FLORICODRT.

Tes conseils sont très bons , tu les verras suivis.

DAM is. Rien n'est mieux calculé qu'une telle conduite; Et c'est avec plaisir que j'en verrai la suite. Vous n'aimez pas Mélise, on conçoit bien cela; Votre cœur ne s'est point oublié jusque-là. Sa fraîcheur, sa jeunesse, une grâce piquante, D'un sourire attrayant la finesse éloquente , N'ont pu, j'en jurerois, vous inspirer un goût: Mais Lisimon est riche, et Mélise aura tout ; Voilà ce qu'il vous faut ; rien n'est plus convenable ; Et c'est ce qu'on appelle un hymen très sortable. s'aimer, détail bourgeois ! Bravant ce sot abus , Vous allez épouser... quelque cent mille écus.

FLORICOURT

Oui. Par ce mariage, et tu m'y détermines , Je veux de ma fortune étayer les ruines. Pour les gens de notre ordre il n'est que ce recours. Étourdis par nos goûts, distraits par nos amours, Tant que l'activité nous tient lieu d'opulence. Nous vivons dans l'ivresse et dans l'indépendance. Autre temps, autres soins; risquant quelques soupirs, Nous implorons l'hymen pour payer nos plaisirs. Adieu. Je vais courir chez tous mes gens d'affaires,

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