D0R.1NE
Ce procédé-là seroit plus régulier.
MÉLISE.
N'en parlons plus.
DORINE
Sans doute.
MÉLISE.
Au fond , je le déteste.
DORINE
De vos ressentiments ce dépit est le reste.
MÉLISE.
Tu dis que mon billet n'a point paru l'aigrir?
DOR.I NE
Non; tranqnillisez-vous.
29i LA FEINTE PAU AMOUR.
MÉLISE.
Je n'en puis revenir.
Mais, moi, Dorine, aussi j'ai fait une imprudence. Que prétendois-je, enfin?
DORINE
Punir son impudence.
MEUSE. '
L)is sa discrétion ; c'est le mot : en effet ,
'l'u le sais comme moi , qu'a-t-il dit , qu'a-t-il fait
Qui lui pût attirer cette rigueur extrême?
DORINE
Comment! un insolent qui ne dit pas qu'il aime !
MÉLI SE
Qu'il aime! il faut savoir s'il aime. Le sais-tu?
DORINE
Eh mais ! rien n'est plus clair.
MÉLISE.
Moi, je n'en ai rien vu.
DORINE
Moi, je vous garantis qu'il brûle au fond de l'ame.
Eh! que ne parle-t-il?
DORINE
Mais il craint pour sa flamme.
MÉLISE.
Oh ! il a bien raison... Mais il faut s'expliquer.
DORINE
>J'ayez pas seulement l'air de le remarquer,
M ÉLTSE.
Bon!
[ACTE II, SCENE iV. 395
DORINE
Laissons ce sujet , car il vous indispose.
' MÉLIsH.
Moi ! non : autant parler de lui que d'autre chose; Tu peux continuer.
Parlons-en donc... Eh bien !
Puisque vous le voulez, qu'en dirons-nous?
MEUSE
Oh! rien.
DORIN E.
Pourquoi donc cette humeur et cette impatience? Si vous l'aimiez encor?
Tais- toi.
(Elles se taisent pendant un moment. )
Le beau silence !
Tu n'as point remarqué le portrait qu il tenoit? Tu n'as point distingué?...
Non , il l'examinoit D'un œil très satisfait.
M ÉLISE, à part.
Je souffre le martyre.
{haut.) Tu n'as rien entendu de ce qu'il a pu dire?
DORI N E
U avoit l'air content... c'est tout ce que je sai.
M ÉLISE, avec la plus grande vivacité.
Je ne demande pas s'il étoit triste ou gai : Répondez juste au moins.