SCÈNE VIL
FLORICOURT, MÉLLSE.
FLORICOURT
On vous rencontre enfin!,.. Mais vous êtes cliannante De disparoître ainsi, de tromper mon attente. Qu'elle est belle !
MÉLISE.
Oh ! laissez ce ton complimenteur.
FLORICOURT, du ton le plus étourdi.
Non , madame ; avec vous ce ton-là part du cœur.
MELISE, riant.
Du cœur! y songez-vous? vous léger, vous frivole!... Recueillez-vous, marquis : est-ce là votre rôle?
FLORICOURT
Sans doute.
MÉLISE.
Encore un coup, supprimons la fadeur,
' ACTE II, SCÈNE VII. 3oi
Sinon, je vous le dis, j'aurai beaucoup d'humeur, Et je vous ennuierai.
FLORiconRT, avec galanterie et légèreté.
Non , cela ne peut être.
Je cherche le plaisir, et vos yeux le font naître: Mais, depuis près d'un mois, disons la vérité , Dans quelle solitude avez-vous végété?
C'est se conduire mal : tout le monde en murmure. Plus de bals, de soupers, pas la moindre aventure. Vous avez de l'humeur; on n'eu est pas surpris. Vous prenez un travers, je vous eu avertis. Comment donc! belle, aimable, à la fleur de votre âge. S'enterrer chez un oncle , et s'ériger en sage ! Mais vous n'y pensez pas : il faut absolument Vous rendre à vos amis, vous remettre au courant. Je vous offre mes vœux, qui sont flatteurs peut-être; Mon nom, ce que je suis, et ce que je dois être; Une existence enfin. Allons, ouvrez les yeux; Le temps vole, il échappe, il emporte les jeux. Ressuscitez; sortez de cette nuit profonde, Et paroissons tous deux sur la scène du monde.
M Élise.
Mais vous devenez fou !
F L o n I c o u R T , de l'air le plus évaporé. Non, je ne le suis ;)as.
i C'est trop ensevelir de si brillants appas ,
Faits pour orner, madame, un plus décent asile I Que des cercles obscurs et l'ombre de la ville. Écoutea-moi : je viens d'apprendre en ce moment. J'en ai l'iivis sur tiioi, que je dois sûrement
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Sot l.A FEINTE PAK AMOUR.
Hériter avant peu d'une tante éternelle!... Qui me remet toujours.
M ÉLISE
Cette dame est cruelle.
FLORICODRT.
Elle ne finit pas. Mais, pour cette fois-ci. Il paroît cependant qu'elle a pris son parti. Elle a quatre- vingts ans, c'est l'âge des retraites. J'envahis sa fortune, elle est des plus complètes. Le tout vous est offert. Nous mêlerons nos biens , Et l'opulence encor va serrer nos liens.
L'opulence! Et le cœur? est-il un autre empire? Le trésor d'un amant, c'est l'amour qu'il inspire. Est-il riche, on l'ignore... ou songe à ses vertus; Est-il pauvre, on le venge en l'aimant encor plus : Voilà mes sentiments.
FLOBICOURT.
Je vous en félicite; Vous bravez la fortune et cédez au mérite: Ce sacrifice est noble et sur-tout bien placé. Je savois à quel cœur je m'étois adressé.
M ÉLIS E
Par exemple, marquis, periîiettez-moi de rire. Quoi ! vous prenez pour vous ce que je viens de dire?
FLORicouRT, avec la plus grande cjaieté. Eh ! comment s'y tromper? le détour est charmant.
MÉLisr..
Encor?