SCÈNE VIII
DAMI.S, MÉLISE.
D A !M I s , du fond du théâtre Fort bien, le téte-à-téte est un peu hasardé. Est-ce pour ce tableau que vous m'avez mandé? Il est touchant!
A-t-il le bonheur de vous plaire?
3o4 LA FEINTE PAR AMOUR.
DAMis, avec une cfaieté contrainte.
Beaucou|3.
M ÉLIS F., ironiijuemenl.
Il me parloit de son ardeur sincère.
DAMIS
Et vous daigniez repondre à des transports si doux? C'est l'usage, au surplus.
M Élise, à part.
Mais, seroit-il jaloux?
{luiul.) J'ctois libre, monsieur, lorsqu'on vous fit descendre.
DAMIS, très froidement.
Vos ordres sont sacrés ; j'ai volé pour m'y rendre.
{ à part. ) L'entretien sera vif.
mÉlise.
M expliquez-vous enfin Les propos que mou oncle a tenus ce matin? Qu'est-ce que cet hymen, ce refus, cet outrage Dont il vous accusoit?
DAMIS
Quand tout vous rend hommage , Madame, en vérité pensez-vous à cela?
C'est une vision que cet outrage-là.
Ne le savez-voLts pas? qui raconte exagère. Et c'est l'art d'embrouiller la chose la plus claire. Votre oncle brusquement vient m'offrir votre main: Je ne m'attendois pas à ce boidieur soudain ; ,)e n'avois ni le droit ni l'orgueil d'y prétendre; c'est en in'appréciant que j'osai m'en défendre.
ACTi; II, SCÈNE VIII. 3o5
Voilà tout.
M EL I. SE, d'un ton ironique.
Voilà tout?
D A M I s , se rapprochant.
Mais vous, madame, vous.
M'expliquez-vous enfin quel est ce grand courroux , Cet étonnant billet qui de chez vous me chasse? Comment me suis-je donc attiré ma disgrâce?
Ma lettre vous l'apprend sans rien dissimuler. Je suis lasse, monsieur, d'apprêter à parler: Je suis jeune, on m'observe, ou censure, on raisonne; Et, pour fuir les amants, je ne vois plus personne.
Est-ce à titre d'amant que je suis renvoyé?
M É L I s E , très vite.
Point de détail.
DAMIS
Je vois qu'on m'a calomnié.
Quand on aime on s'échappe , on se trahit : madame. Vous ai-je dit un mot qui fît croire à ma flamme?
M É L I s E , avec vivacité.
Eh ! quand cela seroit?
DAMIS
Oui : mais... cela n'est pas.
M É I, ! s E , avec clialeur.
Quoi! votre empressement à suivre tous mes pas, Cette assiduité que tout Paris a vue, Et votre jalousie avec art retenue, M'annonçoient pas assez un homme qui prétend
3o6 LA FEINTE i>AR AMOUR.
Et semble , pour le dire, ;iux aguets d'un instant?
DAMIS
Ah ! ue confouduus point : tout cela vouloit dire (ju'on rencontre chez vous ce que mon cœur désire , Des grâces, des talents...
Vous m'impatientez.
DAMIS
Un commerce divin, cent belles qualités.
Cela signifioit que votre esprit enchante,
Qu'on se plaît à vous voir, que vous êtes charmante.
Eu&n...
MÉLISE.
Parlez
DAMIS
Cela , je le dis sans détour , Prouvoit tous vos attraits, sans prouver mon amour.
MÉLISE.
.Soit, soit; eh! que me fait votre amour, je vous prie?
DAMIS
Vous m'accusez , il faut que je me justifie.
De quoi donc? Il m'outrage à chaque mot!
DAMIS
De quoi ?
De l'amour prétendu qui vous révolte en moi.
MÉLISE.
Vous me haïssez donc, monsieur?
DAMIS
Oui! moi, madame?