SCÈNE VI
MÉLISE. DAMIS.
Cet hymeu me paroit uue affaire couclue.
MÉLISE.
Tout de bon , croyez-vous que j'y sois résolue?
DAMIS
Pourquoi non? De votre oncle il a déjà l'aveu. Et... le vôtre suivra.
Le mien?... Voyons un peu Le portrait.
Un moment.
MÉLISE,
Volontiers. Mais, de grâce.
Que vous importe enfin que cet hymen se fasse? Vous êtes occupé , tout le prouve et le dit : Ce que l'art veut cacher, l'art même le trahit. Pour moi , ce qui m'en plaît , tout haut je le confesse , C'est que vous possédez une étrange maîtresse. Elle est assurément calme dans ses amours ! Elle sait que chez moi vous êtes tous les jours. Et son orgueil se tait, et son cœur est tranquille! De tous vos soins pour moi spectatrice immobile , Madame ne dit mot, trouve que tout est bien,
Et n'a garde avec vous de se plaindre de rien ! Elle a donc cinquante ans?
DAMIS
Pas tout-à-fait encore.
Elle n'en a que vingt.
MÉLISE, à part.
Quel conte! Je l'abhorre.
DAMIS
Ah ! n'en parlez point mal. Quand vous la connoitrez, D'un jugement trop prompt vous vous repentirez; (^est moi qui vous le dis.
Vous dites à merveille.
DAMIS
Vraiment?
MÉLISE.
Continuez, oui, je vous le conseille:
Que m'im|)orte?... Ah! je vois... peut-être croyez-vous Qu'une humeur sans motif cache un dépit jaloux? Cela seroit nouveau! Moi, de la jalousie! Moi vous aimer! Non, non; je n'en ai nulle envie: Je ne m'oppose point à vos félicités.
DAMIS
Vous ne devinez pas combien vous m'enchantez... C'est votre dernier mot?
MÉLISE.
Ce doute-là m'offense.
Vos discours à la fin lassent ma patience. Allez trouver, monsieur, la beauté qui vous plaît, Et gardez constamment un aussi rare objet.
ACT1-; m, SCliNK VI. 323
Je rrifi le promets bien...
M É I, t s E , avec chaleur.
Mon Dieu ! j'en étois sûre. ..
Je me ravise , et veux coinioître sa figure : Sou naturel paisiitle, unique en ses effets, Me donne le désir de contempler ses traits.
DAiVUS.
Oh ! dans ce moment-ci vous verriez mal sans doute.
File craint mes regards?
C'est moi... qui les redoute.
M ÉLISE
Mais j'ai \otre parole... Essuierai-je un refus?
DAMIS
Pour juger sainement \os sens sont trop émus.
M Élise.
Je le veux.
Je ne puis.
M ÉLIS E
(Comptez, comptez d'avance.
Puisqu'elle en a besoin, sur beaucoup d'indulgence.
DAMis, tirant le portrait.
Vous l'exigez?
mÉlise, arraclirint le portrait.
Oui, oui. Mais donnez donc, monsieur.
l)AM is.
Oli! tout cliarmant qu'il est, il va vous faire peur.
mÉlise, avec le plus grand étonnemenl.
Ciel!
Je l'avois prévu.
Mon portrait !
D A. VII s.
Oui, lui-même.
C'est un vol que j'ai fait.
MÉL ISE.
Cette audace est extrême !
[après une pause, et riant.) Vraiment je l'ai tantôt joliment arrangé.
DAMIS
Puisqu'il est ressemblant, macramé, il est vengé.
MÉLISE.
D'honneur! il est parlant, et... Quel fourbe vous êtes! Voila donc contre nous les complots que vous faites? Sur l'excès de vos torts je n'ose ra'arréter. Pourquoi ravir un bien que l'on peut mériter? Mais ce portrait enfin suffit-il pour m'instruire?
DAMIS
Il est chargé de tout; moi je n'ai rien à dire. D'ailleurs puis-je jamais fléchir votre courroux?
MÉLISE.
Puisque vous en parlez, je conviens avec vous... C'est le cas ou jamais d'être fort en colère.
DAMIS
Oh ! oui, vous sévirez contre le téméraire.