SCÈNE I
JULIE, M. DE VILMON, M. de TERVlLLli.
JULIE, à elle-même.
Ciel!
TER VILLE, à lui-même.
J'en devieudrai fou.
VILMON, à liii-inêmc.
Se peut-il?
TERVILLE, à Vilmon.
Une mère! Enfin vous entendez.
JULIE, à Vilmon.
Vous voyez,
TERVILLE.
Comment faire?
JULIE
Aidez-nous.
TERVI LLE.
Par pitié.
JULIE
Monsieur, vous le pouvez.
TERVILL E.
Je VOUS dirai bien plus, c'est que vous le devez. Sans vous je n'aurois point connu mademoiselle. Vous m'avez, malgré moi, ([ne je vous le rappelle. Conduit à ce couvent ; et vous deviez prévoir, ^Monsieur, qu'impunément je ne pourrois la voir.
vrLMON, à lui-même.
Un homme de province !
JULIE
Oui, ma mère est entrée Avec un grand monsieur qui m'a désespérée. .) étois au clavecin...
TER VILLE
Bien de figure ?
JULIE
Hélas!
Je n'en sais rien encor , mais... je ne le crois pas. Mais je sais qu'il m'épouse.
TER VILLE
Ah dieux! Mademoiselle, Vous n'y consentez point. Jurez d'être fidèle. Et de le bien haïr, et de n'aimer que moi. Ave/.-vous du courage?
J ULIE, d'un air timide.
Oh ! oui.
Beaucoup, je croi.
Jugez de son courage à cette voix tremblante.
T E n v I L L E , impétueusement.
Si j'allois me jeter aux genoux de sa tante?
JULIE
Oui.
VILMON.
Non. Elle u'est pas fort éprise de vous; Car elle a remarqué , j'en ris même entre nous , Que vous lui vantez peu cette nièce si chère. Et que vous proiiijjuez les fadeurs à la mère. Oh! c'est un double tort.
Grâces à vos avis.
Depuis deux mortels mois je les ai trop suivis. Courtisan assidu... d'une mère cruelle, Je souffre, me contrains, je m'enchaîne auprès d'elle, Lui dis qu'elle est charmante ; et, d'après ce beau plan, J'ai su m'indisposer madame de Nozan.
Je brûle , et je me tais ; le beau-père l'ignore : Présentement, monsieur, faut-il attendre encore, Pour demander sa main , qu'un autre ait épousé ? Me le conseillez-vous?
VILMON, après avoir hésité en apparence. Non : rien de plus aisé Que d'avoir leur aveu; c'est celui de la mère Que...
TER VIL LE
J'y cours.
VILMON.
Attendez. Cet homme peut déplaire:
Peut-être il fera mieux vos affaires que vous. Eh! laissez-lui le temps de travailler pour nous. D'ailleurs je la verrai.