ACTE m, SCENE IX. i
Tu ne vois rien encor de plaisant?
LE COMTE
Jusque-là.. -
LE MARQUIS
Un moment, et nous y voilà.
J'écoutois peu sa harangue indiscrète.
Même ennuyé déjà, j'allois me retirer.
Quand ton nom a frappé mon oreille distraite.
LE COMTE
Mon nom !
LE MARQUIS
Oui, ce monsieur t'a daigné consacrer LUi article de sa gazette.
c'est trop d'honneur, assurément.
Mais, qu'a-t-il donc dit?
LE MARQUIS
Un moment.
Il ignoroit mon nom. Sa politesse, Ayant fait de toi-même un éloge flatteur, A vanté fort au long et l'esprit et le cœur Et la beauté de la comtesse ;
(en riant.) Puis tl'un ton presque douloureux , Il a dit que c'étoit dommage , Et que ses qualités, ses charmes et son âge, Méritoieiit un sort plus heureux.
LA COMTESSE
Plus heureux? Quel est ce langage?
Mais je suis très heureuse.
i43 LE JALOUX SANS AMOUR.
LE MARQUIS
Oh! nous n'y sommes pas.
Il a dit que de la comtesse Le monde t'aisoit tant de cas , Qu'avec chagrin tous les gens délicats T'avoient vu prendre une maîtresse.
( Il rit de toutes ses forces.) LA COMTESSE, à /;ur«.
Quel incident fâcheux !
LE COMTE
Quoi, monsieur?
LE MARQUIS, rfe même.
Il prétenil Que d'une jeune fille achetant la tendresse. Tu montres pour ta femme un mépris éclatant. Hem? que dis-tu du personnage?
Conter tout cela , moi présent !
Ne trouves-tu pas bien plaisant Qu'il vienne!...
LE COMTE
[à part.) Oh ! très plaisant. J'enrage.
LA COMTESSE, à ;jar<.
Je me passerois fort d'un pareil entretien. En effet , pour nous faire rire , Mon oncle s'y prend assez bien !
LE MARQUIS, </e même.
J'écoutois d'abord sans rien dire; Puis, pour faire durer le plaisir jusqu'au bout, J'ai fait îles questions : il répondoit à tout;