ACTE V, SCÈNE IV
LISETTE, à part.
Je cède de grand cœur au dépit qu'il m'inspire.
LE COMTE
J'ai vu tantôt de loin, dans le jardin. Que vous aviez ensemble un papier à la main ; A haute voix aussi vous m'avez paru lire.
Ah ! monsieur, cet article-là Tient au devoir. Je crains les confidences. LE COMTE, affectant un air léger.
Quelle folie! A moi? Je sais les convenances. Et je ne prends à tout cela Que l'intérêt d'un mari.
LISETTE
Mais... voilà...
LE COMTE, de même.
Un mari , c'est sans conséquences.
Mettez-moi du secret; allons : vous teniez là
Quelques vers amoureux, je gage?
LISETTE
( à part. ) ( haut. )
Enfonçons le poignard. Ma foi.
Vous savez arracher le masque du visage ; On ne peut pas vous échapper.
LE COMTE, de même.
Oh ! moi , J'ai le coup d'ceil juste.
LISETTE, à part.
Il enrage.
Au reste , je ue peux m'en offenser. Je croi
Qu'où peut à la comtesse offrir un tendre hommage;
Rien n'est si naturel.
LISETTE
Oh ! nous pourrions compter Rien plus d'adorateurs, si nous voulions prêter Une oreille facile à leur galant martyre.
LE COMTE
Si l'on ne se fait écouter, Il me paroît qu'au moins on se fait lire. LISETTE, à part.
Il étouffe.
LE CO-MTE.
Et ces vers , enfants du sentiment , Elle les récitoit, je crois?
LISETTE
Oh ! oui. Madame A la mémoire heureuse.
LE COMTE
Elle y mettoit de l'ame?
LISETTE, à part.
H expire.
LE CO.MTE.
Sans doute un tel billet aura Une réponse?
LISETTE
Oh ! oui, je crois qu'on répondra ^ Car...