SCÈNE XVI
LA COxMTESSE, LE COMTE.
LA COMTESSE
( Elle s'approche dune table pour écrire ; le comte arrive furtivement par une porte qu'on n'a pas encore vue s'ouvrir, et il écoute ce qui suit. ) Allons, si de l'hymen l'ingratitude extrême A refusé de combler mes désirs ,
Songeons au moins à ce que j'aime.
Hélas! veiller sur ses plaisirs, Est désormais le seul qui me reste à moi-même.
LE COMTE, à part.
Lisette l'avoit dit, on répoudra. Fort bien! Par ses tendres discours on peut juger son style.
LA COMTESSE, de même.
Sans nourrir dans mon ame un espoir inutile. J'ai perdu mon bonheur, occupons-nous du sien.
( après s'être levée, et en serrant sa lettre. ) On vient.
LE COMTE, à part.
Poussons à bout son extrême arrogance.
Elle paroît surprise.
LA COMTESSE, à part.
Il me semble troublé.
D'Elcour auroit-il dit qu'il m'a tout révélé. Qu'il m'a pour son projet mis dans la confidence?
LE COMTE, à part.
Feignons d'ignorer tout.
LA COMTESSE, haut.
Vous semblez attristé ?
LE COMTE, avec une colère contrainte, et en considérant le visage de la comtesse.
Oui , je plaignois la marquise d'Herté... Elle écrit au marquis une lettre fort tendre, s'accuse d'imprudence et de légèreté; Mais le marquis est toujours irrité.
LA COMTESSE, tendrement.
Eh quoi! son coeur refuse de se rendre? Oui, je l'avoue , assurément L'amant le/]iliis coupable est l'infidèle amant : Mais ne voyons-nous pas que par air, par caprice, L'esprit le devient chaque jour, Sans que le cœur soit son complice?
Un remords doit suffire... et suffit à l'amour. {regardant le comte fixement, et avec la plus grande
expression. ) Que dis-je? je voudrois, à lui plaire empressée, D'aveux et de pardons éloigner la pensée. Oui , la reconnoissance , ardente à l'excuser, ► De mon courroux prendroit bientôt la place; Ma bouche, au lieu de l'accuser.
Ne s'ouvriroit que pour lui rendre grâce. LE COMTE, à part.
Qu'entends-je? Voudroit-elle implorer son pardon? ( haut. ) Madame, vous avez raison;