LA COMTESSE, EMILIE
LA COMTESSE
Oui, mon aimable sœur, enfin voici le jour Où ma main de Damis va couronner l'amour. Long-temps avec raison j'ai craint sa jalousie ; .l'ai voulu l'éprouver : d'un défaut dangereux .Je pense avec plaisir que son ame est guérie; Mais ce prompt changement peut n'être pas heureux. Un calme trop profond, si j'en crois l'apparence. Succède dans son cœur aux transports les plus doux : Tant de tranquillité mène à l'indifférence; Et l'homme indifférent ne vaut pas un jaloux.
EMILIE
S'il n'aimoit plus, en lui vos yeux verroient un traître; Les miens plus indulgents l'excu.seroient peut-être : Vous l'avez fait souffrir.
h A C O VI T E s s E.
Pour le mieux corriger.
Pour corriger un cœur faut-il donc l'affliger l'
LA COMTESSE
Ses tourments finiront.
EMILIE
Quelle sera sa joie!
Le sort le plus heureux l'appelle auprès de vous; Et, de quelques chagrins qu'un araant soit la proie. Un hymtn fortuné les fait ouhlier tous.
LA C0:*ITESSE.
Il doit subir avant de nouvelles épreuves.
EMILIE
Ne vous offre-t-il pas chaque jour mille preuves D'un esprit confiant et d'un cœur sans détour? Vous le dites vous-même.
LA COMTESSE
Oui, ma chère Emilie; Mais feignant d'éprouver encor sa jalousie, Je veux adroitement réveiller son amour. A mes nouveaux desseins je fais servir Florville : Des soupçons de Damis long-temps il fut l'objet; S'il sut me seconder dans mon premier projet, Il peut en ce moment m'étre encor fort utile. Et l'on va de ma part lui reudre ce billet : Lis.
EMILIE lit.
«Accourez, chevalier, vous m'êtes nécessaire: «comme il s'agit de Damis, soyez discret avec lui. «Depuis long-temps j'abuse de voire complaisance; « mais j'espère bientôt ne vous devoir plus rien, si la '• main de ma .cœur...