SCÈNE II
ORPHANIS, ISSA.
Vous l'emportez, madame; oui, les dieux plus propices Vont resserrer des nœuds formés sous leurs auspices.
ORPHANIS. 47
Arcès a vu le roi : plein d'espoir et content , Ce prince du palais sortoit au même instant ; Tout exprimoit sa joie; et j'ai sur son visage Lu d'un bonheur certain l'infaillible présage. Pour vous entretenir il sembloit vous chercher. .Son cœur impatient brùloit de s'épancher. Il vouloit me parler : il alloit tout m'appreudre. Lorsque l'ambassadeur est venu le surprendre. Mais, si j'ai bien jugé, vos tourments vont finir; Sésostris, en un mot, consent à vous unir.
Peux-tu le croire, Issa? Va , je suis moins crédule.
Le roi refuse tout, ou le roi dissimule.
Ah ! je connois trop bien Sésostris et la cour.
ISSA
Et pourquoi maintenant craindre un fâcheux retour? Pourquoi désespérer quand tout vous favorise , Quand le roi...
ORPHANIS.
Chère Issa, que veux-tu que je dise?
Mon ame impatiente est lasse de se voir Le jouet éternel d'un chimérique espoir. Réduite à perdre tout, ou bien à tout enfreindre, Orphanis désormais ne peut plus se contraindre. J ai su gagner du temps ; et, pour en profiter , Je vais auprès d Arcès tout faire, tout tenter, Le forcer à l'éclat, et , s'il faut te le dire. Me plonger dans î'abyme afin qu'il m'en retire Je sens que mon courage est capable de tout. Qui suit bien un projet eu vient toujours à bout.
48 ORPHANIS.
La route que je tiens est terrible , mais sûre :
C'est sur les coups du sort qu'un grand cœur se mesure.
Si , servant mes projets et découvrant mes feux ,
Sésostris osoit prendre un parti rigoureux.
Avertis-en le prince, et fais-lui bien comprendre
Que l'amour seul poir lui me fait tout entreprendre.
Exagère-lui bien les dangers que je cours ;
Enfin dis-lui qu'il est mon unique recours.
On vient; c'est .Sésostris!... Ciel! que vient-il me dire?