ACTE V, SCÈNE V. 6y
Mon coeur, vous le savez , ne veut que sou boulieur. Qu'il connoisse les maux où sa fougue l'expose , Et n'éprouve jamais les chagrins qu'il me cause ! Daignez enfin le rendre à ma tendresse... Et toi, Arcès, mon cher Arcès, que fais-tu loin de moi?
ARCÈS.
OÙ suis-je ? malheureux ! . . .Grands dieux ! que dois-je foire 3
SÉSOSTRIS
Est-ce toi que j'entends , ô mon fils?
ARCÈS, jetant le poignard, et tombant aux pieds de Sésostris
O mon père !
Vous voyez des mortels le plus infortuné ! Pour être criminel, .^rcès n'étoit pas né. Ah 1 vous ne savez pas combien j'étois barbare.
SÉSOSTRIS
De tes sens égarés quel désordre s'empare?
ARCÈS.
Pour mon cœur il n'est plus, de repos, de vertu. Hélas ! j'ai tout trahi.
SÉSOSTRIS
Malheureux! que dis-tu?
ARCÈS.
Connoissez de ce cœur l'ingratitude affreuse : Tandis que vers le ciel votre voix généreuse S'élevoit pour me plaindre et pour me pardonner. Votre fils n'aspiroit qu'à vous assassiner.
SÉSOSTRIS
Qui, toi? ni'assassiner! Dieux! que viens-je d'entendre?
70 ORPHANIS.
( regardant Arcès de l'air le plus toucUanl.) Hélas! de tes amis tu perdois le plus tendre. Ingrat, à mon amour quel prix réservois-tu ?
ARCÈS.
Grands dieux! que l'homme est foible,et qu'il faut de vert Pour dompter un penchant qui nous entraîne au crime ! Hélas ! je me suis vu sur le bord de l'abyme. N'imputez mou forfait qu'à l'excès de mes feux; Sans ce fatal amour j'eusse été vertueux. Oui, j'abjure à jamais cette foiblesse extrême... Quoi ! je n'ai point tourné ce fer contre moi-même ! Que dis-je ! Vengez-vous ; ordonnez mon trépas : Mais en me condamnant ne me haïssez pas. Accordez-moi , pour prix de mon remords sincère , Le plaisir, en mourant, de vous nommer mou père.
SÉSOSTRIS
Le repentir suffit pour désarmer les dieux , Et je ne serai pas plus inflexible qu'eux. Mon fils, qu(r pour jamais cette faute t'éclaire! Entraîné par l'erreur d'un charme involontaire, (Eh ! quel cœur peut ne pas quelquefois s'égarer?) La gloire est de le vaincre et non de l'ignorer. Je t'aimai sans foiblesse, et ce triomphe insigne. De ma tendre amitié te rend encor plus digne.
ARCÈS.
Si vous m'aimez encor, mon sort est moins affreux : Je ne méritois pas un roi si généreux.