ACTE 11, SCENE Vil
Le goût seul tiendra lieu de l'amour qu'elle ignore. Mais je voudrois vous voir encore Interroger le cœur de son époux, Le sonder...
LE COMTE
Mais son cœur s'est montré devant vous Cent et cent fois ; d'Elcour est incapable De vouloir vous en imposer.
LA COMTESSE
Oui; mais peut-on lui supposer Un amour tant soit peu durable?
LE COMTE
Sans doute
Vous savez , je crois , Ce qu'il est.
LE COMTE
Dites mieux, ce qu'il t'i\t autrefois.
Peut-être sa gaieté garde encor le langage , L'apparence des mœurs qu'il n'eut qu'un seul moment; Mais il est généreux , bon ami , bon amant ; Il sera bon mari.
LA CO.MTESSE.
J'accepte ce présage.
Pardon : vous connoisstz mon cœur; Vous le savez, pour votre jeune sœur J'ai la tendresse d'une mère.
Voyez eucor d'Elcour. Ah! recommandez-lui. Priez-le bien , comme ami , comme frère , D'être toujours ce qu'il est aujourd hui.
ii8 LE JALOUX SANS AMOUR.
Je la connois, je réjxnids d'elle; Elle l'aimera quelque jour:
s'il alloit trahir son amour, s'il n'étoit plus qu'un époux infidèle.
Ah! j'en suis sûre, elle en mourroit.
Oui, par fierté, peut-être, elle voudroit
Cacher aux yeux d'autrui sa blessure cruelle;
Peut-être même aux yeux de son époux,
Pour ne pas l'affliger, et par délicatesse,
Dans son cœur, en secret jaloux.
Elle renfermeroit ses ennuis , sa tristesse; Ellecraindroit...