ACTE m, SCÈMli Vlll. 1 i
LA COMTESSE
Ah Dieu ! quelle triste nouvelle !
Que je la plaius!
LE COMTE
Mais, avec elle, Vous n'aviez, ce me semble, aucun nœud d'aiuitie
LA COMTESSE
Son malheur est si grand , monsieur, que la |>itié Doit...
LE COMTE
C'est avoir l'ame fort belle :
Mais son malheur n'est pas le terme tout-à-fait
LA COMTESSE
La marquise, <lit-on, avant d'être infidèle, Avoit perdu son cœur.
LE COMTE
On l'a dit en effet Pour la rendre moins criminelle.
LA COMTESSK.
Pai'^là je ne veux point excuser ses erreurs. Je sais que d'un mari les volages ardeurs N'autorisent jamais les travers d'une femme;
Quand un époux a pu nous oublier, La vengeance est un droit qu'en vain l'amour réclame; Imiter un ingrat, c'est le justifier Il étoit fort jaloux.
LE COMTE
Il avoit tort, mad;ituf.
Oh! oui... Mais il <li.soit qu'un mari vi{;ilant.
i38 LE JALOUX SANS AMOUli.
Même à l'excès, devient utile;
Qu'à sa femme , en la surveillant.
Il rend la vertu plus facile; Qu il fait doubler les forces de son cœur
Par sa jalousie importune ; Kt qu'à tout prendre enfin , pour garder son honneur
Deux sagesses valent mieux qu'une.
Il avoit de l'esprit.
LA COMTESSE
D'accord.
Mais on dit qu'il grondoit sans cesse.
LE CO.MTE.
H avoit tort.
Mais il disoit , il prouvoit même Que toujours un objet qu'on aime.
Triste ou gai, plaît également.
Assez bien parfois il raisonne.
LA COMTESSE
Et sitôt qu'il a'iloit joindre son régiment , Il falloit qu'enfermée en son appartement La marquise ne vît personne.
LE COMTE
l! avoit tort assurément.
Mais voici son raisonnement ; Du sexe , disoit-il , moi , je suis idolâtre ; Je crois qu'il se défend par sa seule vertu;
Mais le plus sûr, pour n'être point battu,
C'est de n'avoir pas à combattre.
Plus il 1 ainioit.. .
ACTK III, SCENE VIII. i3q
LA COMTESSE
Ah ! bon, insistez sur ce (loiiit, Si vous ie défendez.
LE COMTE
Je ne le défends point; Je suis historien.
LA COMTESSE
Quoi! d'un époux aimable Elle avoit la tendresse ! Est-il un sort plus doux? Quoi ! pouvant être heureuse au sein de son époux ,
Elle aima mieux être coupable !
On l'aimoit, et son cœur a formé d autres vœux ! Elle a détruit son bonheur elle-même!
Qu'importe que l'objet qu'on aime
Soit jaloux, s'il est amoureux?
Ses soupçons outrageants, même ses violences, Tout ce que l'amour fait est absous par l'amour :
Ses peines sont des récompenses ;
Et pour lui le cœur, chaque jour, De ses privations se fait des jouissances. Oui, que l'on me condamne au reproche, au courroux,
A la gêne , à tous les supplices
Que puisse inventer un jaloux; S'ils viennent de l'amour, j'en ferai mes délices.
LE COMTE
Eh ! pourquoi , si l'on peut vous aimer sans cela?...
LA COMTESSE
(à pari, riicltanl Ici main sur son raur. ) Oui, vous a\ez raison. . Mon mal est toujours là.
i4o LE JALOUX SANS AMOUR.
Oh ! je le vois , j'aiiiois beau faire ; Je lie peux jusqu'au bout l'eutreteuir sur rien Sans me trahir.
LE COMTE , Ù pu II.
Ah ! ) avois Lieu affaire De demander cet entretien !