ACTE II, SCENK X. i5i
LE BARON
Pardon, mais je me vois dans une circonstance Qui malgré moi, monsieur, me force à vous quitter. Je vous laisse le maitre, et je cours m'acquitter D'un devoir...
M. DE F OU LIS
Quand j'arrive ?
Il est indispensable.
M. DE FORLIS.
Celui d'être avec moi me paroit préférable. Et j'ai besoin de toi pour tout le jour entier; .Si c'est une corvée, il la faut essuyer.
LE BARON
J'ai trente affaires.
M. DE FORLIS.
Va , trente de ces affaires Ne doivent pas tenir contre deux nécessaires.
LE BARON
Je ne puis différer, et j'ai promis , d'honneur.
M. DE FORLIS.
De ces promesses-là je connois la valeur.
LE BARON
Ce sont de vrais devoirs.
M. DE FORLIS.
Tiens , je vais en six phrases Te peindre ces devoirs qu'ici tu nous emphases. Aller d'abord montrer aux yeux de tout Paris l.i dorure et l'éclat d'un nouveau vis-à-vis; Eclabousser vingt fois la pauvre infanterie.,
i52 LES DEHORS TROMPELliS.
Qui se sauve , eu juraut, de la cavalerie;
De toilette eu toilette aller taire sa cour,-
Apprendre et débiter la nouvelle du jour;
Puis au Palais-Royal joindre un cercle agréable ,
Et lier pour le soir une partie aimable ;
Ne boire à ton dîner que de l'eau seulement ,
Pour sabler du champagne à souper largement;
Faire l'après-midi mille dépenses folles,
En deux médiateurs perdre huit cents pistoles;
Sur une tabatière, ou bien sur des habits,
Dire ton sentiment et ton sublime avis;
Conduire à l'Opéra la duchesse indolente,
Médire ou bien broder avec la présidente;
Avec le commandeur parler chasse et chevaux;
Chez le petit marquis découper des oiseaux :
Voilà le plan exact de ta journée entière,
Tes devoirs importants, et ta plus grave affaire.
LE BARON
Monsieur le gouverneur, vous nous blâmez à tort : On ne vit point ici comme dans votre fort. Nous devons y plier sous le joug de l'usage; Ce qui paroît frivole est dans le fond très sage. Tous ces aimables riens qu'on nomme amusement, Forment cet heureux cercle et cet enchaînement De qui le mouvement journalier et rapide Nous fait, par l'agréable, arriver au solide. C'est par eux que l'on fait les grandes liaisons , Qu'on acquiert les amis et les protections; Au sein des jeux riants on perce les mystères : le. plaisir est le nœud des plus grandes affaires,