SCÈNE I
LE BARON, LE MARQUIS
LE BARON
Le Forlis par bonheur fait la méridienne : Je respire... Entre nous son amitié me gêne... Sa fille doit parler à l'objet de vos feux.
Je vous suis obligé de vos soins généreux.
LE BARON
L'affaire est en bon train.
LE MARQUIS
Il est vrai, je commence A me flatter, monsieur, d'une douce espérance.
LE BARON
Je suis charmé de voir que vous pensiez ainsi.
LE MARQUIS
La joie enfin succède au plus affreux souci. Je ne puis exprimer le plaisir que je goûte : On n'imagine point jusqu'où va...
LE B A R Olf .
Je m'en doute.
LE MARQUIS
Non, non; vous ignorez combien il est Hatteur... Je ne sais quoi pourtant m'arrête au fond du cœur.
LE BARON
Comment ! Votre ame est-elle encore intimidée?
LE MARQUIS
Oui : tromper un ami révolte mon idée , Et je sens que je blesse au fond la probité.
Marquis, encore un coup, cessez d'être agité : Elle n'est point blessée en des choses semblables.
LE MARQUIS
En est-il où ses droits ne soient point respectables? Et ne doit-elle point régler en tout nos pas?
LE BARON
Non, marquis; sur l'amour elle ne s'étend pas.
LE MARQUIS
Et par quelle raison?
LE BARON
Ce n'est pas là sa [>lace :
Elle y seroit de trop.
LE MARQUIS
L'n tel discours me passe.
LE BARON
J'ai plus d'expérience, et dois vous éclairer.
La droiture est un frein que l'on doit révérer;
Du monde ce sont là les maximes constantes
Dans tout ce que l'on nomme affaires importantes ,
Devoirs essentiels de la société,
Dont ils sont les liens et comme le trait.'.
On la doit consulter sur-tout dans l'exercice
Des charges de letat d'où dépend la justice;
Dans ce qui , parmi nous , est de convention ,
Et forme par degrés la réputation.
Mais elle est sans pouvoir pour tout ce qu'on appelle
Du nom de badinage, ou bien de bagatelle;
Pour tout ce qu'on regarde universellement
Sur le pied de plaisir ou de délassement.
Dans un tendre commerce elle n'est plus admise .
Et même s'en piquer devient une sottise.
L'amour n'est plus qn'un jeu, qu'un simple amusement,
Où l'on est convenu de tromper finement;
D'être dupe ou fripon , le tout sans conséquence ,
Mais d'être le dernier pourtant avec décence.
LE MARQUIS
Le plus beau des liens , d'où dépend notre paix , Peut-il être avili jusques à cet excès? Le monde est étonnant dans sa bizarrerie. Le joueur qui friponne est couvert d'infamie, Et le perfide amant qui trompe et qui trahit Devient homme à la mode , et se met en crédit. Quel travers dans les mœurs, et quel affreux délire ! Aussi grossièrement peut-on <e contredire?
LE BARON
C'est l'idée établie , il faut s'y conformer.
LE MARQUIS
Mon aine à penser faux ne peut s'accoutumer. Le jeu, dont j'ai parle, commerce de caprice, Fondé sur l'intérêt, la fraude, et l'avarice, S'est rendu par l'usage un lien révère :