‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BoissyChapitre 115 sur 194 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LE BARON, LE MARQUIS

LE BARON

Le Forlis par bonheur fait la méridienne : Je respire... Entre nous son amitié me gêne... Sa fille doit parler à l'objet de vos feux.

Je vous suis obligé de vos soins généreux.

LE BARON

L'affaire est en bon train.

LE MARQUIS

Il est vrai, je commence A me flatter, monsieur, d'une douce espérance.

LE BARON

Je suis charmé de voir que vous pensiez ainsi.

LE MARQUIS

La joie enfin succède au plus affreux souci. Je ne puis exprimer le plaisir que je goûte : On n'imagine point jusqu'où va...

LE B A R Olf .

Je m'en doute.

LE MARQUIS

Non, non; vous ignorez combien il est Hatteur... Je ne sais quoi pourtant m'arrête au fond du cœur.

LE BARON

Comment ! Votre ame est-elle encore intimidée?

LE MARQUIS

Oui : tromper un ami révolte mon idée , Et je sens que je blesse au fond la probité.

Marquis, encore un coup, cessez d'être agité : Elle n'est point blessée en des choses semblables.

LE MARQUIS

En est-il où ses droits ne soient point respectables? Et ne doit-elle point régler en tout nos pas?

LE BARON

Non, marquis; sur l'amour elle ne s'étend pas.

LE MARQUIS

Et par quelle raison?

LE BARON

Ce n'est pas là sa [>lace :

Elle y seroit de trop.

LE MARQUIS

L'n tel discours me passe.

LE BARON

J'ai plus d'expérience, et dois vous éclairer.

La droiture est un frein que l'on doit révérer;

Du monde ce sont là les maximes constantes

Dans tout ce que l'on nomme affaires importantes ,

Devoirs essentiels de la société,

Dont ils sont les liens et comme le trait.'.

On la doit consulter sur-tout dans l'exercice

Des charges de letat d'où dépend la justice;

Dans ce qui , parmi nous , est de convention ,

Et forme par degrés la réputation.

Mais elle est sans pouvoir pour tout ce qu'on appelle

Du nom de badinage, ou bien de bagatelle;

Pour tout ce qu'on regarde universellement

Sur le pied de plaisir ou de délassement.

Dans un tendre commerce elle n'est plus admise .

Et même s'en piquer devient une sottise.

L'amour n'est plus qn'un jeu, qu'un simple amusement,

Où l'on est convenu de tromper finement;

D'être dupe ou fripon , le tout sans conséquence ,

Mais d'être le dernier pourtant avec décence.

LE MARQUIS

Le plus beau des liens , d'où dépend notre paix , Peut-il être avili jusques à cet excès? Le monde est étonnant dans sa bizarrerie. Le joueur qui friponne est couvert d'infamie, Et le perfide amant qui trompe et qui trahit Devient homme à la mode , et se met en crédit. Quel travers dans les mœurs, et quel affreux délire ! Aussi grossièrement peut-on <e contredire?

LE BARON

C'est l'idée établie , il faut s'y conformer.

LE MARQUIS

Mon aine à penser faux ne peut s'accoutumer. Le jeu, dont j'ai parle, commerce de caprice, Fondé sur l'intérêt, la fraude, et l'avarice, S'est rendu par l'usage un lien révère :

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