‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BoissyChapitre 129 sur 194 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CÉLIANTE, LISETTE.

LISETTE

Apprenez un secret que je ne puis vous taire. Lucile, Lucile aime; et monsieur votre frère A , comme il est trop juste, un rival préféré.

CÉLIANTE.

Quelle idée !

LISETTE

Oh! mon doute est trop bien avéré,

CÉLIANTE.

Sur quoi donc le crois-tu ?

LISETTE

Je viens de la surprendre Dans le temps que sa main ouvroit un billet tendre , Qu'elle a vite caché sitôt que j'ai paru; Et par là mon soupçon s'est justement accru.

CÉLIANTE.

Va, c'est apparemment la lettre d'une amie.

LISETTE

Non , non , je n'en crois rien; sa rougeur l'a trahie.

Pour cacher un billet qui n'est qu'indifférent,

On est moins empressée, et le trouble est moius grand.

On attribue à tort à son peu de génie

Son humeur taciturne et sa mélancolie :

L'amour est seul l'auteur de ce silence-là;

Et j'en mettrois au feu cette main que voilà.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai cette pensée :

La curiosité dont je me sens pressée

M'a fait étudier ses moindres mouvements :

D'un cœur qui de l'absence éprouve les tourments ,

J'ai connu qu'elle avoit le symptôme visible ;

Et j'ai sur ce mal-là le coup d'ceil infaillible ,

Je porte encor plus loin ma vue à son sujet :

Et de ses feux cachés je devine l'objet.

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