ACTE V, SCENE V
M. DE FORLIS.
Tu vieus de m'en donner une preuve fidèle. Le seul prix que je veux de mon attachement, Est de venir parler au ministre un moment. Mon sort dépend d'un mot, d'une simple parole, Je ne puis l'obtenir : et ton esprit frivole Refuse à mon bonheur ces instants précieux; Et c'est pour les donner, à quel soin glorieux? A celui de juger une pièce nouvelle.
LE BARON
Monsieur, on m'a contraint malgré moi...
M. DE FORLIS.
Bagatelle.
J'ouvre les yeux, et vois que dans ce siècle-ci Le plus mauvais partage est celui de l'ami.
le baron.
Monsieur, je vous promets...
M. DE FORLIS.
Inutile promesse.
Je vous le dis avec beaucoup de politesse , Mais dans un dessein ferme et formé sans retour, Je n'aurai plus pour vous qu'une estime de cour; Et vous ne devez plus , à l'avenir, attendre De m'avoir pour ami, ni de vous voir mon gendre.
LE BARON
Si vous n'écoutez plus la voix de l'amitié,
Si pour moi désormais vous êtes sans pitié,
Pour votre fille au moins, montrez-vous moins sévère;
Prenez en sa faveur des entrailles de père;
Et puisqu'il faut, monsieur, vous en faire l'aveu,
?o8 LES DEHORS TROMPEURS.
Sachez que sa tendresse est égale à mou feu, Qu'un penchant mutuel...
M. DE FORLIS.
Quoi, ma fille vous aime ?
LE BARON
Oui : le marquis pourra vous l'attester lui-même ; Et , pour vous en donner un garant plus certain Lisez; voici, monsieur, un billet de sa main. Vous voyez qu'en trompant notre attente commune Vous feriez son malheur, comme mon infortune. M. de forlis, après avoir lu le billet, qu'il lui rend. Pour vous prouver qu'en tout l'équité me conduit . Et que je ne suis point un aveugle dépit, Je consens que ma fille elle-même prononce : .le m'en rapporterai, monsieur, à sa réponse. Je dois croire , et je suis , qui plus est , affermi Que vous ne serez pas meilleur époux qu'ami ; Mais ce danger pour elle est encor préférable , Tout mis dans la balance, au malheur effroyahle D'obéir par contrainte, et de voir son sort joint Au destin d'un mari qu'elle n'aimeroit point. Pour l'immoler ainsi, ma fille m'est trop chère. Ma bonté sait borner l'autorité de père; Le ciel nous a donné des droits sur nos enfants. Pour être leurs soutiens, et non pas leurs tyrans.
LE BARON
Monsieur me rend l'espoir d'entrer dans sa famille.