ACTE 1. SCENE II
Mais il craint, en parlant, d'exposer son bonli. n . Je vois, de tous côtés, une affreuse tempête. De ma femme d'abord la famille m'arrête. Ce nœud va lui paroître un outrage mortel; Elle me poursuivra peut-être en criminel.
BELFORT
Je suis le plus coupable; et sur moi tout lorage...
le marquis, l'interrompant.
Cette crainte pour toi me retient davantage. Emilie elle-même intimide mes sens.
Je la redoute, ami , plus que tous ses parents. Si je fais cet aveu , je crains , avec justice , Je crains qu'il ne l'offense, et qu'elle ne rougisse De me voir possesseur d'uu bien que j'ai surpris. Son indignation en deviendra le prix.
Elle va me haïr.
BELFORT
On excuse une audace yue l'amour a causé, et que l'hymen efface. D'Orville , à cet égard dissipe ton effroi. Si son cœur doit haïr quelqu'un, ce sera moi. Choisi pour son époux, j'ai cédé sa personne. Voilà ce que jamais le sexe ne pardonne: Il vaut mieux près de lui manquer de probité . Outrager sa vertu, qu'offenser sa fierté.
LE MARQUIS
Il faut donc me résoudre a rompre le silence. Mais, par délicatesse, encore je balance; Et je voudrois, avant de la tirer d'erreur, Je voudrois, par degrés, m'assurer de son ,
Je crains qu'elle ne t'aime.
BELFORT,en plaisantant.
On est assez aimable Pour lui plaire, en effet.
LE MARQUIS
Ma crainte est raisonnable
BELFORT
Ah ! d'un plus juste soin tu te dois occuper, Et ton premier devoir est de la détromper. Plus tu laisses ta femme en cette erreur blâmable Et plus à son égard ton cœur se rend coupable.
Il est vrai. Faisons-lui cet aveu, de moitié.
L'amour sera plus fort, aidé de l'amitié;
Car je n'aurai jamais, moi seul, cette assurance.
BELFORT
Va . tu me fais pitié.
LE MARQUIS
Je tremble, plus j'y pense.
BELFORT
Quel cœur pusillanime, et quel mari poltron !
LE MARQUIS
Il n'en fut jamais un dans ma position. Tu dois , toi qui le sais, excuser mes alarmes. D'Emilie, il est vrai , je possède les charmes ; Je jouis comme époux du plus heureux succès : Mais , milord , comme amant je n'ai fait nul progrès Et j'ignore comment oà prendra mon hommage; J'en suis , pour ainsi dire , à mon apprentissage, les raisons cependant l'emportent sur ma peur,
ai, IL l. SCÈNE IL
Et je vais de ce pas lui découvrir mon cœur...
[croyant entendre venir quelqu'un.) J'entends du bruit... C'est elle... Ah ! ma frayeur redoubli Ne m'abaudonue pas; soutiens-moi dans mon troublé
B EL FORT
Bon ! personne ne vient; tu te moques de moi. Je suis embarrassé, dans le fond, plus crue toi. J'aime en secret aussi.
Comment! ton cœur soupire '
BELFOHT.
Non; il brûle gaiement, quoiqu i) n'ose le dire.
le m ai; qui s Quel est l'objet cache?
f- F L F O R T , hésitant.
La parente.
le m a r q u i b
De qui
Ne devines-tu pa>
B ELFOR1.
L F, MA RQUIS.
Lst-ce d'Emilie0
BELFOr. T.
Oui.
Tu me protégeras, puisqu'elle est ta cousine Constance est enjouée, et j'ai l'humeur badine. Nos deux cœurs sont unis déjà par la gaieté. Mais parle, si tu veux que je sois écoute. Découvrir ton état, c'est me servir moi-même. l'attends qu'il soit connu pour avouer que j'ain
a3« L'ÉPOUX PAR SUPERCHERIE.
Cette raison suffit pour m'enhardir. Va-t'en...
( voyant paroître Emilie. ) Ma femme, pour le coup, paroît... Demeure... Atten. Je tremble à son aspect.
r. Kl. FORT.
Adieu, je me retire.
( à part. ) Sa situation est neuve, et me fait rire.