‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BoissyChapitre 162 sur 194 · CONSTANCE, EMILIE · texte numérisé non relu

CONSTANCE, EMILIE

constance, qui a vu l'embarras oh ètoit (COrville eu

sortant.

Que vois-je? Le marquis sort pâle et tout tremblant.? Vous-même, vous avez l'air triste et mécontent?

EMILIE

La santé du marquis n'est pas bien rétablir Sa raison s'en ressent; je la crois affoiblie.

CONSTANCE

Vous n'aidez pas, je crois, à la fortifier.

EMILIE

Sa conversation est d'un tour singulier.

CONSTANCE

[.es façons de milord le sont bien davantage : Quoiqu'en santé parfaite , il n'en est pas plus sage. Je crois , si je voulois, qu'il me feroit la cour : Il me suit à toute heure.

ÉM ILIE.

Et me fuit tout le jour.

CONSTANCE

A ce qui! me paroit, il ne se contraint guère. Sa conduite avec vous est sur-tout cavalière : Trois jours après la noce, il vous néglige ainsi? C'est prendre un peu trop tôt les airs duo vrai mari Et vous avez sujet de paroitre rêveuse.

U i ! I. SGE NE v.

EMILIE

Je nains, a dire vrai, de n'être pas lieiuvu.se.

CONST ANC E

Le marquis, à coup sûr, s'il étoit votre époux , Seroit plus empressé, plus atteutif pour vous Il vous tient, milédi, fidèle compagnie : Loin d'en être jaloux, votre mari l'en prie.

EMILIE

Il est vrai qu'on diroit, à les voir tous les deux , Qu'ils sont pour m'offenser, d'intelligence entre eux : Belfort est infidèle, et je viens de l'apprendre.

CONSTANCE

De qui donc'

EMILIE

Du marquis, qui me l'a fait entendre , Mais d'un ton de complice et d'un air interdit, Comme un homme égaré, qui ne sait ce qu'il dit , Accablé sous le poids du crime qu'il confesse , Au point qu'il étoit prêt à tomber en foiblesse, Et qu'il m'a fait pitié, tant il étoit défait!

CONSTANCE

Il avoit a vous dire, au fond , plus d'un secret; Mais Belfort, qui vous trompe, est plus digne de blâme L'autre aspire, du moins, à consoler votre ame ; Mon sexe a de tels soins est toujours oblige; Il est doux d'être plaint quand on est négligé. Wour démélex chez vpus un point que j'appréhende, l'uis-je dans ce moment vous faire une demande? Helfort est fait pour plaire et |>our surprendre un cœur Parlez; l'auneriez-tvous d'une sincère ardeur?

EMILIE

Puisqu'il faut vous ouvrir mon ;inie asec franchise. Je chéris mou époux , sans que j'en sois éprise. Mon orgueil est sensible à ses mépris choquants ; Mais mon cœur est tranquille, aussi bien que mes seti'.

CONSTAN CE.

Bon! j'entends : vous l'aimez par simple bienséance .

Et comme à la rigueur. Dans cette circonstance ,

Voilà ce qui pouvoit vous arriver de mieux :

Votre sort, en ce cas, est moins disgracieux.

Le grand point dans la vie, autant qu'on en est maître ,

Est d'embellir l'état où le ciel nous fait naître :

Le tout pour vivre heureux, dépend de s'arranger;

Il n'en est point, par-là, qu'on ne puisse changer.

Vous pouvez, après tout, rendre le vôtre aimable;

Vous n'avez qu'à saisir le côté favorable.

Milédi, pour trancher les discours superflus,

Regardez votre époux comme s'il n'étoit plus ,

Et vivez sur le pied d'une veuve à la mode,

Qu'aucun soin ne retient, qu'aucun frein n'incomiuode \

Qui toujours du plaisir suit les impressions,

Mais qui défend son cœur des grandes passions,

Et court d'un pied léger, après les ris, sans cesse,

Sans s'écarter jamais des lois de la sagesse.

EMILIE

.le goûte ce conseil : je peux suivre ce plan , D'autant mieux que Belfort n est jaloux ni tyran le paierai son mépris et sou peu de tendresse D'un dédain décoré de froide politesse , Telle que je l'atirois pour un homme inconnu

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