SCÈNE I
LE MARQUIS DE POLINVILLE, LE RARON DE POLINVILLE.
LE MARQUIS
Ce n'étoit pas la peine de me faire quitter Paris, le centre du beau monde et de la politesse ; et je me serois bien passé de voir une ville aussi triste, et aussi mal éleve'e que Londres.
LE BARO>
Je t'excuse, marquis: tu en parlerois autrement, si tu avois eu le temps de la mieux connoitre.
LE MARQUIS
Non, baron; je connois assez mon Londres, quoique je n'y sois que depuis trois semaines. Tiens, ce que les Anglais ont de mieux, c'est qu'ils parlent français; encore ils l'estropient.
LE BARON
Eh! nous l'estropions nous-mêmes, pour la plupart ; et cependant nous ne parlons que notre langue. Leur conversation est pleine de bon sens.
LE MARQUIS
Leur conversation? ils n'en ont point du tout. Ils sont une heure sans parler, et n'ont autre chose à vous dire que how do you, comment vous portez-vous? Gela fait un entretien bien amusant !
LE BARON
Les Anglais ne sont pas brillants , mais ils sont profonds.
L E MARQUIS
Veux-tu que je te dise? Au lieu de passer les trois quarts de leur vie dans un café' à politiquer et à lire les chiffons de gazette , ils feroient mieux de voir bonne compagnie chez eux, d'apprendre à mieux recevoir les honnêtes gens qui leur rendent visite, et à sentir un peu mieux ce que vaut un joli homme.
LE BARON
Sais-tu bien, marquis, puisque tu m'obliges à te parler sérieusement, qu'il ne faut que trois ou quatre têtes folles comme la tienne , pour achever de nous décrier dans un pays où notre réputation